• Converser avec vos mains

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Je me suis encore blessée aux mains. Pourquoi je me brûle, je me griffe, je me fais des hématomes sans cesse aux mains?

    C'est le moment que tu t'en inquiètes, depuis le temps que nous tentions de te faire réagir avec ces petits bobos… remarque, nous avons été plutôt regardantes, parce que nous savons que tu nous aimes, malgré que tu nous utilises bizarrement quelquefois…

    Bien-sûr je vous aime, je vous trouve belles, je vous mets de la crème quand il fait froid et que vous souffrez de rougeurs, je vous regarde avec amour en sachant combien vous m'êtes utiles. Vous êtes deux instruments qui savent faire tant de choses. Mais pourquoi dites-vous que je vous utilise bizarrement?

    Chaque fois que tu as un petit bobo, as-tu déjà essayé de te demander pourquoi cela arrivait?

    Mais c'est parce que je suis maladroite, enfin gauche, enfin je ne sais pas comment le dire avec vous…

    Avec la force de l'habitude, nous avons quand même notre part d'autonomie. Ainsi, quand nous avons tout à coup une blessure, pose-toi la question de savoir ce que tu faisais à ce moment-là, mais surtout, à quoi tu pensais, de quoi tu étais en train de t'accuser.

    La dernière fois que cela est arrivé, j'arrosais un rôti dans le four de la cuisine, et en ressortant ma main droite, j'ai touché le bord du four et cela m'a brûlée. A quoi je pensais, comment voulez-vous que je m'en souvienne?

    C'est immédiatement qu'il faut se poser la question, après c'est trop tard. Voyons, nous pouvons peut-être te donner un coup de main! Tu cuisinais dis-tu, tu pouvais te répéter comme par habitude [Chaque fois que j'utilise le four, je me brûle!]. Ou alors [Je ne suis pas très douée pour utiliser le four!] ou encore [Maman sait mieux que moi faire un rôti, ou un gigot] ou encore [Je suis maladroite avec le four].

    Oui, cela m'est arrivé. Et c'est pour cela que vous m'envoyer de cuisants messages?

    Ce n'est pas une bonne chose pour toi de te dévaloriser sans cesse, ou de te comparer avec une autre personne qui sait mieux faire ceci ou cela. Tu ne peux pas être heureuse avec cela. Si tu te juges supérieure, une poussée d'orgueil te monte à la tête et si tu te sens inférieure, tu te flagelles inutilement. Crois-tu vraiment que tu pourrais faire avec nous toutes les choses que tu fais à la perfection. Voyons, réfléchis un peu, c'est impossible. Pourquoi ne pas simplement te dire [je fais de mon mieux].

    Cela a beaucoup de sens, merci.

    Te souviens-tu qu'un jour, quand tu étais enfant, moi la main gauche, j'ai été complètement brûlée sur la partie supérieure par de l'huile d'une poêle à frire?

    Oui, je m'en souviens, cela a été très douloureux, il faisait froid dehors et je tournais en rond dans le jardin parce que l'air froid me faisait du bien.

    Peux-tu te souvenir du contexte?

    Oui, j'avais fait cuire pour toute la tablée, une dizaine de personnes, des œufs au plat et j'étais très fière. Lorsque j'ai fini par cuire les miens, mon père a voulu m'aider. Il a pris la poêle dans ses mains. J'ai tendu mon assiette. Il a penché la poêle. Les œufs sont restés un petit instant sur le haut et l'huile dans le creux. Puis les œufs en glissant, ont fait jaillir l'huile hors du récipient sur ma main gauche. Ce n'est pas moi…

    La main gauche est celle qui reçoit, alors que la main droite est celle qui donne. Ne voulais-tu pas recevoir? Quel était ton état d'esprit à ce moment-là?

    J'étais furieuse qu'il me prenne la poêle des mains. J'avais réussi à le faire pour tous les autres, pourquoi m'aider quand j'avais fini?

    Cela partait certainement d'un bon sentiment, mais toi, tu as pris cela de travers et tu t'es punie toi-même, enfin, les événements…

    Je n'y étais pour rien. C'est mon père, c'est l'huile, ce sont les œufs, mais en tous cas pas moi!

    Mais non, cela ne fonctionne pas ainsi. L'environnement est comme un instrument, présent uniquement pour te montrer que ta manière de penser n'est pas bonne pour toi.

    Immédiate, la leçon? Recevoir avec amour ou bien refuser. La colère retenue ressort fatalement.

    Ne vois-tu pas à quel point c'est merveilleux de recevoir sans cesse des messages indiquant ce qui est bon pour toi?

    Vu sous cet angle, oui.

    Nous profitons de ton attention, tu utilises des expressions qui nous effrayent, par exemple [J'en mets ma main au feu]. Non, nous ne voulons pas être mises au feu.

    C'est une expression qui veut dire que je suis certaine de ce que j'avance.

    Evite, s'il te plaît. Par contre, dans [Elle a la main sur le cœur], nous supposons qu'il y a une qualité. Notre partenaire le cœur est un allié puissant, généreux, aimant.

    Et que pensez-vous de [Quand on donne la main, on se fait prendre le bras], autrement dit à être généreux, on risque de se faire abuser.

    Sois généreuse, autant que tu veux ou que tu peux l'être, sans arrière-pensée du genre [Je l'invite au restaurant, j'espère bien que la prochaine fois c'est elle qui m'invitera], ce n'est pas de la vraie générosité c'est un échange et il serait bon de le dire à la personne. Et quand tu donnes tes vêtements aux pauvres, donnes-tu vraiment quelque chose qui te tient à cœur ou te débarrasses-tu de vêtements que tu ne porteras plus.

    Je me débarrasse de mes vieilles affaires.

    Les pauvres te font le don de recevoir ce que tu ne veux plus garder. La vraie générosité c'est quand tu donnes vingt francs à un sans abri, sans que personne ne te voit, et sans t'inquiéter de savoir s'il va les boire ou les fumer.

    Je tiens à ce qu'il les utilise pour son bien!

    Et pour qui te prends-tu pour prétendre savoir ce qui est bon pour lui. Chacun sa route, s'il veut boire de l'alcool ou fumer, ce n'est pas ton problème. Sois généreuse inconditionnellement, occupe-toi de tes affaires et non des siennes. Tu peux ne pas être d'accord avec sa manière d'agir ou ne pas comprendre, mais en aucun cas tu n'as le droit de choisir à sa place. Il récolte ce qu'il sème et toi aussi. Ainsi, si tu sèmes de la générosité, que crois-tu que tu récolteras?

    De la générosité, c'est beau.

    Pour donner et recevoir, il faut être deux. Crois-tu savoir recevoir?

    Oui, j'aime beaucoup recevoir des cadeaux.

    Nous nous souvenons de tes pensées, à plusieurs reprises, lorsque tu reçois [Cet objet ridicule, il a payé dix balles, mon dernier cadeau valait près de cent francs, il se moque de moi], et tu souris et dis merci…

    C'est de la politesse.

    Non, c'est un manque flagrant d'authenticité. Si tu n'en veux pas, dis-le. Ou accepte-le comme il est, en disant merci avec bon cœur et franchise, parce que chaque fois que tu reçois un présent, la personne a pensé à toi, s'est demandé ce qui pourrait te faire plaisir, est allée l'acheter, l'a fait emballer et te l'a envoyé ou apporté. Prends contact avec le plaisir de la personne de donner et sois un bon et authentique receveur.

    Et si je n'aime vraiment pas?

    Dis-le, si la personne te le demande et cela arrive souvent. Sinon, il est préférable de ne rien dire. Il faut savoir prendre contact avec le plaisir de donner de l'autre.

    D'accord, et je pourrai toujours offrir l'objet à quelqu'un d'autre si je n'aime pas.

    A notre avis, oui. Si la personne donne vraiment, elle ne s'offusquera pas et te laissera le choix d'en faire ce qu tu veux. Sinon, encore une fois, ce n'est pas ton problème.

    Mais si je n'aime vraiment pas et qu'elle ne me demande rien?

    Dis poliment merci, sans plus. Ne fais pas de dithyrambes inutiles, au risque que cela ne recommence. Souviens-toi, ton amie Juliette et son habitude de t'offrir chaque fois un vase. Tu as une armoire remplie de vases. Nous te conseillons plutôt de dire ce que tu aimes, simplement placé dans la conversation.

    Comment cela?

    Prends l'exemple des collectionneurs, ta fille Véronique collectionne les éléphants, quand quelqu'un veut lui faire un cadeau, c'est le début d'une idée… Lance une conversation du style [Quel est ton vin préféré?], [Et bien moi, c'est le Château Margaux], ou encore [J'adore les écharpes en soie, qu'en pensez-vous?] ou [J'aurais beaucoup de plaisir à recevoir un petit objet en or jaune, je suis en train de monter une breloque]. Quelques idées… quelqu'un n'a-t-il pas dit [Demandez et vous recevrez].

    C'est Jésus, encore la religion…

    Crois-nous, il avait beaucoup de bon sens.

    Il m'arrive de me sentir obligée de donner, parce que la personne en face a déjà donné plusieurs fois et je n'aime pas cette impression d'être obligée…

    Ne donne qu'avec cœur, sinon ne donne pas, c'est préférable. Si l'autre a plus de moyens que toi, accepte de recevoir davantage. Tu reçois de quelqu'un, tu donnes ailleurs, des objets, mais aussi du temps, de l'attention, de l'écoute. Quand tu veux faire un cadeau, demande à la personne ce qu'elle désire. Si tu souhaites être invitée parce que tu n'es pas en fonds sur le moment, dis-le. Libre à la personne en face d'accepter ou de refuser. C'est cela l'authenticité.

    Venons-en à d'autres problèmes physiques. Qu'en est-il des personnes qui souffrent d'arthrose, de ces maladies déformantes?

    Nous connaissons des mains qui ont envoyé de nombreux messages légers et cela n'a servi à rien. Pour se faire entendre, elles se crispent, elles commencent à moins bien fonctionner. Elles grincent, elles se bloquent.

    Que peuvent faire ces personnes?

    Prenons l'exemple d'une masseuse, pour qui les mains sont les instruments de travail. Lors d'un problèmes aux mains, elle peut se poser les questions suivantes [Comment je juge le travail que je fais?], [Est-ce que j'aime toujours mon métier?], [N'est-il pas temps de passer à autre chose?], [Dans quel état d'esprit je travaille?], [Est-ce que j'aime toucher le corps des gens?].

    Cela peut venir d'autre chose que le métier?

    Oui. Dans ce cas, la question est [Qu'est-ce que je fais en ce moment avec mes mains qui me pose problème?] La cause du problème peut avoir de multiples sources. Prenons l'exemple d'une femme au foyer, elle accomplit des dizaines tâches différentes. Encore une fois, il est important de se souvenir que ce n'est pas l'action en elle-même qui provoque un problème physique, mais la manière de penser de la personne par rapport à cette action.

    Là ça se complique, vous pouvez me donner un exemple ?

    La femme au foyer qui œuvre toute la sainte journée au service de son mari et de ses enfants, si elle le fait avec amour, en se disant que c'est une merveilleuse chance de pouvoir rester à la maison, d'être le lien de la famille, d'amener harmonie et joie par toutes ces attentions, tous ces travaux qui font le bonheur du reste de la maisonnée, cette femme est heureuse d'exécuter ses tâches, cela lui donne du bonheur. Dans la même situation, une autre femme se lamente, se disant qu'elle est la bonne, que personne ne réalise tout ce qu'elle entreprend, qu'elle aurait voulu être architecte ou globe trotter. Dans la même situation, la manière de penser par rapport au travail accompli est très différente. Devine qui peut avoir des problèmes au niveau des mains?

    Evidemment celle qui n'est pas contente. Et que proposez-vous?

    Quand les petits bobos surviennent trop fréquemment il est nécessaire de se poser les questions clé [Qu'est-ce que je fais en ce moment avec mes mains qui ne me satisfait pas?], [Quelles sont mes possibilités?], [Quelles sont les conséquences pour le reste de la famille?].

    Ne croyez-vous pas que certains n'ont pas le choix?

    Chaque être humain, et là nous croyons nous répéter, chaque être humain est responsable de sa vie. Accepter une situation avec bon cœur est une possibilité. Aller vers un changement en est une autre. Il n'est pas nécessaire de [casser la baraque], parler de ses envies de changement avec le reste de la famille peut être un début, trouver une solution ensemble, dans le respect des désirs de chacun, avec amour.

    C'est la solution idéale, cela se passe-t-il vraiment comme cela?

    Tout changement provoque chez l'individu des contrariétés, les habitudes sont souvent agréables. Remettre en question le confort de chacun, dans le cas de la femme au foyer, provoquera quelques moments difficiles. D'un autre côté le bonheur de chacun est en jeu. Continuer de la même manière en sachant que ce n'est plus ce que la personne désire n'est pas possible, aller de l'avant est la seule solution. Après un temps d'adaptation, chaque membre de la famille bénéficiera du changement, par le fait que la femme va pouvoir s'épanouir dans quelque chose de nouveau.

    Les femmes, toujours les femmes.

    C'était l'exemple. Nous pouvons en citer d'autres. L'homme qui est congédié, ou qui exerce un métier en train de disparaître, c'est quelquefois la vie qui amène les changements et le fonctionnement de la famille en sera modifié.

    C'est un fait. Avec vous, si j'ai bien compris, l'important est de vous utiliser avec le cœur puisque vous en êtes la continuité?

    Bien vu. Nous nous joignons à toi et faisons le vœu que tu t'en souviennes.


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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