• Revault Jean-Yves - Écritures et fantasmes

    Jean Yves Revault

    Entretien réalisé dans le cadre du salon du mieux-vivre de Fribourg 2016.

    Bonjour Jean-Yves Revault, Parlez-m oi un peu de vous, d'où venez-vous ? Êtes-vous né à la ville ou à la campagne ? Combien avez-vous des frères et soeurs ? Votre position dans la fratrie ?

    Je suis né plutôt à la campagne, dans une petite ville de trois mille habitants. Je suis le deuxième d'une famille de deux enfants. J'ai une soeur, mon aînée de cinq ans.

    Ces dernières années, vous avez écrit de nombreux ouvrages, le premier dont j'ai trouvé la trace sur internet "L'initiatrice, ou la nuit des étoiles" vous l'avez écrit en 1979, qu'avez-vous à nous dire à propos de vos débuts dans l'écriture ?

    Ce livre parle d'une vision sacrée de la sexualité. C'est l'histoire d'un homme qui rencontre une femme qui a des connaissances spirituelles élevées. Elle va l'amener à dépasser sa condition d'homme avec son côté peut-être un peu rustre, voire prédateur sur la femme, et l'obliger à contacter sa propre dimension divine et envisager la sexualité entre l'homme et la femme d'une manière sacrée. Cette nouvelle fait partie d'un triptyque dont le titre est "Conscience" : "De la conscience animale à la conscience humaine", "De la conscience humaine inférieure à la conscience humaine supérieure", "De la conscience humaine à la conscience divine". Ce triptyque s'appuie sur deux grands thèmes, la sexualité et le sacrifice. Pour franchir un palier dans notre réalisation de conscience, nous sommes obligés à chaque fois de sacrifier une partie de nous-mêmes au profit d'une partie plus élevée. Le loup de la première histoire va être amené à connaître les premiers rudiments de la conscience humaine en abandonnant une part de son instinct pour découvrir d'autres complexités, pour entrer dans le monde des sentiments, des émotions et de l'intelligence. Pour passer le deuxième palier, l'homme est confronté à ses limitations et va voir s'éveiller en lui d'autres dimensions que le simple désir charnel, un désir plus spirituel. Il doit vaincre sa propre nature. Dans la troisième partie, il est question d'une rencontre d'âme à âme, où la sensualité est extrême, où tous les sens sont exacerbés, sans qu'il y ait pourtant de sexualité proprement dite, mais plutôt une espèce d'approche du divin.
    Mon premier livre, publié par les éditions Trois Fontaines fut "Écrire pour se guérir". Mon travail depuis vingt ans traite de la thérapie par l'écriture et c'est une cliente qui m'a dit un jour : "Depuis que je me lâche en écriture, je suis beaucoup moins constipée qu'avant". C'est cette réflexion qui m'a amené à écrire le livre "Constipation, libérez-vous par l'écriture" avec des exercices. Il est paru cette année chez Jouvence.

    Vous avez aussi écrit des romans où l'on parle de grossesses mystérieuses, de chagrins, de moutons et de loups, d'histoires sérieuses pour rire, et mêmes une pièce de théâtre. Qu'est-ce qui vous à poussé dans cette direction ?

    Je suis un peu un être multiple avec différents centres d'intérêts. Le roman "Mystérieuses grossesses dans un petit village de Vendée" se passe dans les années cinquante. Un médecin s'aperçoit que toutes les femmes du village en âge de procréer sont enceintes et de plus du même jour. Il va mener l'enquête avec le maire, le curé et le gendarme... Truculent. A la fin, il y aura une explication rationnelle étonnante. Dans un deuxième roman, dans les années soixante, malgré une activité sexuelle normale dans le village, plus aucune femme n'est enceinte. Nouvelle enquête. Et enfin dans les années septante, troisième livre, encore différent. J'ai voulu dresser un tableau psychologique des sociétés de ce temps-là, par rapport à l'évolution des moeurs. J'ai aussi écrit un conte qui touche les gens, l'histoire d'une petite fille qui a toujours vécu sans sa mère. Quand elle a douze ans, elle ressent le manque de mère. On lui dit de l'oublier cette "tordue-là". La jeune fille part à la découverte de son histoire qui aura finalement un lien avec les clochers tors d'Anjou. "1943, des moutons et des loups" est un roman psychologique où j'ai cherché à comprendre comment des êtres peuvent basculer soit du côté des héros, soit du côté des salauds et comment les expériences vécues, et notre enfance, peuvent influencer nos vies et nos décisions. Dans "Myriam", il est question d'une jeune femme juive violée par cinq hommes. Elle ne va garder cet enfant que dans l'espoir qu'un jour elle la venge. Ce roman traite de la faute et du pardon, et du remords.

    Qu'avez-vous à dire du pardon et des cercles de pardon selon Olivier Clerc ?

    Olivier m'avait invité à ses premières journées du pardon au Val de Consolation, il y a trois ou quatre ans, où j'avais animé des ateliers d'écriture. Nous avons une toute petite divergence, je suis partisan que les gens n'oublient pas leur primitivité, leur sauvagerie, voire leur violence intérieure. Selon moi le désir de vengeance est naturel et même sain. Il faut le travailler, le dépasser. Peut-être qu'Olivier est moins enclin que moi à prendre contact avec ce côté plus sauvage. A part cela, les cercles de pardon, c'est un travail formidable.

    Qu'est-ce qui vous a donné l'idée le faire un alphabet des baisers ?

    Un soir, nous avions fini notre conversation téléphonique avec ma compagne et je lui dis "Je t'embrasse". Un peu coquine, elle me dit "Mais tu m'embrasses comment ?". Je lui réponds : "Je te fais un baiser... califourchon". Elle dit "Mais c'est quoi un baiser califourchon ?". Je réponds "Je n'en sais rien, je te le dirai demain matin". Et j'ai passé une partie de la nuit a écrire le baiser califourchon. Ont suivi le baiser lenteur, le baiser à l'ancienne et le temps que cela prend, le baiser 14 juillet, sous le drapeau et en chantant dans sa tête, bref... 26 sortes de baisers. Lisez le livre, je me suis bien amusé à l'écrire.

    La marche est aussi une de vos passions, Jérusalem, Compostelle, quand avez-vous commencé à marcher et qu'est-ce qui vous a poussé à le faire ? Quels conseils donnez-vous à une personne qui voudrait entreprendre un de ces voyages ?

    Je suis parti à Compostelle après une séparation qui a eu lieu suite à une trahison de ma part. Une idée judéo-chrétienne m'est venue d'en baver, de souffrir. Je refusais la rupture, je voulais me racheter. Cela n'a pas marché (si je puis dire !) et je suis revenu extrêmement déçu. Neuf mois après, j'ai fait un rêve, plusieurs fois, qui me disait : "Va jusqu'à Jérusalem à pieds". Compostelle n'était pas suffisant, il fallait donc aller jusqu'à Jérusalem ? Il en est ressorti un livre "Les sept démons sur le chemin du pardon" (éditions Trédaniel). Sept démons, car j’'avais été averti par un vieux curé de la basilique du Puy en Velay qui m'avait lu la prière des pèlerins, m'avait béni et donné les invocations pour résister aux démons. Je ne vous raconte pas la suite, elle est dans le livre...

    Vous êtes le fondateur de la thérapie par l'écriture. L'écriture serait donc libératrice ? Comment expliquez-vous ce phénomène ? Quels sont les pouvoirs de l'écriture ?

    Chacun a dû faire l'expérience d'écrire à un moment donné pour déverser un trop plein d'énergie, un trop grand chagrin, une trop grande joie. L'écriture fait du bien, elle libère mais d'une manière éphémère. Lors d'une séparation douloureuse par exemple, c'est un bon exutoire, ça fait du bien, ça libère de l'énergie pour un jour ou deux. L'écriture vraiment libératrice fait lire entre les lignes, voir les blocages, les interdits inconscients, les hontes cachées. Par le biais d'exercices, la personne va chercher au fond d'elle-même, découvrir ses propres secrets. Mais notre censeur est à l'affût, il passe tout au crible selon notre système d'éducation, le bien, le mal. Il «sait » avant même que l'on écrive. C'est ce qui provoque les blocages devant la page blanche. Or, Il n'y a jamais de problème d'inspiration, il n’y a que des problèmes d'interdiction. Quand cela arrive, je commence moi-même une histoire avec des personnages et demande à la personne de la continuer, sachant qu'elle va s'investir dans l'un ou l'autre des personnages et faire dire ou faire faire à ce personnage des choses qui la concernent, mais qu'elle n'aurait jamais osé avec le "je". J'appelle cela transfert de personnalité. Ensuite, la personne peut voir qu'elle a été piégée par le personnage, et on peut travailler ensemble sur ses vrais désirs, ses vraies aspirations, ses vraies peurs. Il existe bien d’autres techniques de libération par l’écriture.

    Un atelier d'écriture avec pour thème les fantasmes sera proposé dans notre salon, pourquoi est-il intéressant de visiter ses fantasmes et quelles informations cela peut-il nous donner ?

    Par mon travail de thérapie par l'écriture, j'ai réalisé que les fantasmes pouvaient être une clé de compréhension de certains mécanismes intérieurs dont on n'a pas conscience. Je considère que nous sommes trois en un : l'être apparent, conditionné, formaté, une espèce de marionnette qui obéit aux règles, le bien et le mal, ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, etc... Puis il y a l'être réel, l'enfant qui ne se pose pas de questions, qui exprime son énergie primordiale. Notre censeur intérieur est une espèce d'entité qui nous prend une énergie énorme, c'est comme un contrôle permanent, un cheval qui voudrait courir et qu'on doit retenir, cela génère une grande fatigue. Mes stages ont pour but de retrouver, au moins en partie, son être réel. Le troisième être en nous, ce que j'appelle l'être essentiel, c'est l'entité spirituelle qui vit en nous, qui s'est incarnée. C'est par le contact que nous pourrons avoir avec cet être essentiel que nous trouverons le véritable sens de notre vie. Pour en revenir aux fantasmes, il y a les viscéraux, liés à notre animalité. Beaucoup se sentent mal à l'aise avec cela, ce n'est pas noble, pas élevé. C'est une grave erreur car plus on refuse cet aspect, plus on ira vers des comportements artificiels. Ensuite, il y a les fantasmes psychologiques, liés à des traumatismes, à des scènes auxquelles on a assisté qui sont engrammées en nous, qui ont suscité des désirs interdits, voire des déviances. Ils sont là, récurrents et bien réels même s'ils ne font pas plaisir. Ils sont liés à notre humanité. En les acceptant d'abord, puis en les analysant (en fait en les vivant en écriture), la personne peut découvrir ses propres secrets de blocages intérieurs ou de peurs. Enfin, il y a les fantasmes spirituels que l'on retrouve beaucoup plus chez les femmes que chez les hommes, le côté mystique. Ils sont liés à notre divinité. Chez certaines femmes, faire l'amour n'est pas une fin en soi, ça les envoie au bord de quelque chose qui ressemble à la connaissance divine, elles aspirent à une élévation. Pour résumer, en acceptant ses fantasmes, on peut les décoder, les décrypter et ainsi libérer des chaînes en nous dont on ignorait l'existence mais qui entravaient notre libre expression et notre épanouissement.

    Lors de la conférence sur le même thème, vous allez parler de triplicité, du concept des trois êtres en nous, cela me fait penser à la trinité (père, fils, esprit) selon l'église catholique, y a-t-il un lien ?

    Non, il n'y a pas de rapport direct avec la trinité de l'église catholique.

    J'ai entendu dans les branches que vous avez été invité à participer à un café sexo avec une psychologue et une sage-femme, sur des thèmes comme "la routine dans le couple" ou "le plaisir féminin". Que pensez-vous de la sexualité de nos jours et que proposez-vous pour améliorer les choses ?

    Il faut que l'on repense la sexualité, en dehors de ce monde horrible, pardonnez-moi, qui est le monde de la consommation. Si l'on veut que notre société ait un avenir épanouissant pour l’être, il faut impérativement que l'on revienne à des valeurs sacrées. La sexualité est tellement importante, on n'a pas le droit de la galvauder et d'en faire un produit de consommation comme cela se passe trop souvent aujourd'hui. Une partie de mon travail va dans ce sens, mon livre sur les baisers également. J'envisage d'écrire un livre destiné aux adolescents pour les remettre en contact avec une sexualité qui élève et non pas qui abaisse, qui enrichisse, qui soit en lien avec ce qu'il y a de plus beau en nous-mêmes, avec le sommet de nous-mêmes.

    Le thème de notre salon est "Sensualité épanouie". Oserais-je vous demander si la vôtre l'est ? Et quels sont vos conseils pour y parvenir ?

    Je considère qu'elle l'est, en tout cas plus qu'il y a trente ans. J'ai affiné ma vision de la sexualité telle que j'en ai parlé avec cette notion de sacré. J'ai également développé mon aspect féminin. J'avais un côté plutôt viril, bélier ascendant lion, plein d'énergie. Je devais avoir peur de ma propre féminité, de ma douceur. Progressivement, je les ai investies, elles m'habitent et je suis amené dans le cadre de mes expériences sensuelles à vivre beaucoup plus intensément et avec une palette de sensations beaucoup plus large.

    Un dernier message ?

    Lisez mes livres (rires). Faites-vous confiance. Regardez vos propres secrets et voyez au-delà des apparences. Regardez-vous avec la même compassion que vous auriez en regardant un petit enfant, même quand il vient de faire une bêtise. Dites-lui : "Je vais t'aider à te relever, je vais t'apprendre", car au fond de vous, vous savez ce qui est juste. Soyez sans concession avec vous-même, mais doux. Ne jamais oublier la douceur, la tendresse.

    Merci Jean-Yves Revault


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