• Dorn Françoise et la magie des émotions

    Entretien réalisé dans le cadre du salon du mieux-vivre de Fribourg 2016francoise dorn

    Bonjour Françoise Dorn, en tapant "Françoise Dorn" dans google, je vois un beau et large sourire sur vos photos, pouvez-vous me parler du sourire ?

    Le sourire est un mouvement qui part du corps mais qui vient du coeur. Plus on est dans le sourire et plus on permet à cette vague de tendresse de circuler dans notre corps et dans notre esprit et de nous faire du bien, de nous ouvrir à la fois à nous-mêmes, mais également aux autres. C'est un message que l'on envoie pour dire qu'on est là, prêt à écouter, prêt à accueillir. C'est un symbole universel de sociabilité et de non agressivité. Il est là dès les premières semaines de notre existence. Au départ c'est un réflexe mais qui devient peu à peu social et qui permet de se dire aux autres.

    Et si à l'intérieur, l'envie n'y est pas, que conseillez-vous ?

    Faites quand même cet effort de sourire, cela va vous apporter quelque chose en retour. Le vrai sourire, appelé sourire de Duchenne, celui qui fait participer tous les muscles du visage, à force de le pratiquer il va à la fois encourager les autres et mobiliser des choses positives chez nous qui ne seraient pas là si le sourire ne faisait pas naître cette complicité, cette intimité avec nous-mêmes.

    Françoise Dolto, Françoise Giroud, Françoise Sagan, Françoise Dorin, des femmes célèbres, votre prénom vous convient-il et que pensez-vous des prénoms que l'on nous donne ?

    Le prénom Françoise est très lié à ce qui s'est passé après la guerre. Beaucoup ont voulu affirmer leur volonté d'être français. Cela a donné toute une génération de François, prénom qui est complètement perdu de nos jours. Il n'y a plus de petites Françoise qui naissent aujourd'hui. Oui, le prénom nous détermine, nous influence. Il y en avait de nombreuses dans ma génération. Ce n'était pas très original, j'étais dans la normalité. Avoir un prénom original nous amène à nous positionner différemment. Notre prénom est notre première identité. Autrefois, on fêtait davantage le prénom que l'anniversaire de naissance et c'était quelque chose d'important qui permettait de se différencier des autres membres de la famille, on portait le même nom de famille, mais à chacun son prénom. Il ne me plaisait pas trop ce prénom. Quand j'ai démarré ma démarche de développement personnel, la question s'est posée de savoir si j'allais le garder ou en changer. J'ai un peu hésité, mais finalement mon identité, c'est de m'appeler Françoise, pourquoi fuir dans autre chose. Je l'ai accepté et j'ai décidé que plutôt de faire de ma vie quelque chose de banal et d'ordinaire, comme mon prénom, j'allais trouver un autre moyen de me différencier. Ce n'était pas l'étiquette qui me permettrait de trouver cela. J'ai décidé de me déterminer autrement.

    Dorn, la méthode Dorn, un nom bien connu dans le domaine des thérapies alternatives, d'où vous vient ce nom et avez-vous un lien avec Dieter Dorn, de la thérapie vertébrale ?

    Pas du tout, c'est le nom de mon mari. Je n'ai aucun lien avec ce fameux Dorn.

    Sur votre blog, j'ai lu "Je serai donc l'amie de ceux qui m'aiment telle que je suis", citation de Frida Kahlo. Cette femme à la santé fragile, au destin particulier vous inspire-t-elle ?

    Oui, surtout qu'elle avait aussi de gros problèmes de dos, comme moi. C'était une femme remarquable. Mais là j'ai plus réagi par rapport à la citation que par rapport à la personne.

    Vous aimez utiliser les citations, pourquoi ?

    Oui, beaucoup, cela me permet de gamberger. Très souvent, je commence ma journée en ouvrant l'ordinateur. Je suis abonnée à plusieurs lettres qui m'envoient des citations. C'est une façon de butiner, de flâner, de m'ouvrir à quelque chose, à une pensée, comme une fleur qui s'ouvre au soleil, je ne sais jamais quelle va être la fleur de la journée. J'y trouve des idées pour des romans que j'écris, cela se passe au niveau de la synchronicité, la citation arrive juste au moment où mes personnages sont dans la même énergie. Quand la citation est tellement pertinente, je vis un grand moment de gratitude, oui, cela m'ouvre à la gratitude.

    Que pensez-vous de la gratitude ?

    La gratitude fait partie de ma vie. Plus jeune, je pratiquais moins, mais aujourd'hui je suis dans la gratitude la plus grande partie de ma journée. Cela permet de se brancher à une dimension qui nous est bien supérieure. Être dans cet accueil et cette réception, envoyer des mercis, c'est comme une lettre d'amour que l'on envoie aux autres et à l'univers. En retour, tant de vagues d'amour reviennent, c'est un cadeau la gratitude. En étant dans cet état, on donne, mais on reçoit tellement. C'est un mouvement de vie qui à mon avis est de plus en plus essentiel.

    L'écriture est un travail solitaire, les consultations un travail intime, les conférences et les ateliers, un travail de groupe, la radio un travail de communication multiple. Ils sont tous différents, lequel préférez-vous et pourquoi ?

    Toutes ces activités que j'ai eues dans ma vie ont fait ce que je suis devenue aujourd'hui. Je n'anime plus de séminaires ou rarement. Ce qui est essentiel maintenant, c'est l'écriture, mais grâce au fait que j'ai vécu tout cela auparavant. L'écriture oui, mais à certains moments sortir de cette intimité pour partager avec les autres. Ce serait dommage de ne plus être dans la transmission autrement que par les livres. J'ai besoin de moments de rencontre pour avoir des retours, des partages. Cela me permet aussi d'avancer dans mon écriture. Par exemple mon dernier livre sur la douceur est né d'une demande de personnes qui avaient besoin de faire cette expérience de la douceur.

    Olivier Clerc qui a créé les cercles de pardon dit : C'est facile de venir faire un show devant un public, ce qui est plus difficile, c'est d'être ce que l'on enseigne, dans la vie de tous les jours, avec ses proches. Et vous, êtes-vous aussi ce que vous enseignez ? Y parvenez-vous ? S'il vous restait des points à améliorer, quels seraient-ils ?

    C'est difficile de répondre à cette question, j'ai l'impression d'être dans ce que j'enseigne. Parfois mon entourage me dit que je ne suis pas suffisamment là. Je reste dans mon univers intérieur et ne suis pas assez proche des miens. Quand ils me renvoient cela, je suis dans la gratitude, cela me permet de réajuster et d'être plus présente. Cependant, il y a parfois un décalage entre ce que l'on veut, comment on se voit et comment les autres nous voient. Ils sont là pour tirer la sonnette d'alarme et pour nous remettre sur la ligne que l'on a choisie. Je veux être plus disponible pour eux, même lorsque je suis dans ce processus d'écriture qui m'envoie dans une autre temporalité. Les vacances arrivent, je n'irai qu'une fois par jour sur mon ordinateur pour répondre à ce qui est urgent et je n'irai ni sur facebook ni sur pinterest, c'est trop chronophage, non je n'irai pas pendant que ma famille sera là. Cela demande de la vigilance.

    7 actions à mettre en place dans son hygiène de vie, 7 clés pour bien communiquer, pourquoi pas 6 ou 8 ?

    Je suis née un 7 septembre, deux fois le chiffre 7 puisque autrefois l'année commençait en mars, et puis c'est un chiffre magique que l'on retrouve un peu partout dans la bible, dans d'autres textes. C'est un petit clin d'oeil par rapport à la magie de la vie.

    Une question me turlupine ces temps-ci : Faut-il aller chercher ses blessures et ses souffrances, creuser comme un mineur de fond, travailler dur pour aller mieux, ou alors se tourner vers la douceur, l'amour de soi, l'attention à soi et ainsi, à force d'amener de l'eau claire, l'eau du verre devient limpide ? Quel est votre point de vue à ce sujet ?

    Pendant tout un moment de ma vie, j'ai été à la recherche de ces blessures pour en prendre soin et puis j'ai découvert d'autres approches comme l'EFT, l'EMDR ou la méditation, qui ne demandaient pas de trouver ces blessures. Je suis maintenant beaucoup plus dans ce courant d'être, de prendre soin de soi, sans forcément chercher le pourquoi des choses mais plutôt de profiter de l'instant présent dans cet accueil de la douceur, porter un autre regard sur les choses, avec douceur et bienveillance. Cela dépend de l'endroit où se trouve la personne, quelquefois il faut ouvrir la plaie pour la soigner, il y a des abcès à percer et à nettoyer, par contre pas aussi souvent que l'on imagine. Plus on revient sur la blessure, plus on empêche la cicatrisation. Avec de l'attention, de l'acception, de la douceur, de la bienveillance et en amenant de l'eau claire, on a pas besoin de remuer la boue, l'eau devient toujours plus claire.

    "Faire durer l'amour" c'est le titre d'une de vos conférences, pouvez-vous déjà, pour les impatients, nous donner 2 ou 3 tuyaux ?

    Je vais présenter des outils très concrets, par exemple l'échelle de l'amour. Très souvent les personnes veulent le grand amour tout le temps et y rester. L'amour évolue et se transforme. Il y a la passion des débuts mais cela reste rarement durant quarante ans, la passion des débuts. L'idée est de découvrir qu'elle existe cette échelle et puis de repérer où nous en sommes dans notre vie. Il s'agit également d'apporter ce qu'il serait bon d'apporter à chaque étape, par exemple remplir le réservoir affectif, le sien d'abord et puis celui de l'autre. Pour cela, il y a plusieurs chemins, les contacts physiques, les paroles valorisantes, les moments de qualité, les cadeaux que l'on fait à l'autre, les services rendus. Quels sont mes besoins ? Quels sont ceux de l'autre ? Développer des compétences comme l'empathie, l'écoute, l'acceptation de la différence. Savoir dire les choses, ce qui ne va pas bien sûr, mais ne pas oublier de mentionner le positif. Je vais proposer des outils bien concrets pour cela. Évoluer sur cette échelle de l'amour dans l'acceptation de l'autre est un vrai travail qui se développe au fil du temps. C'est un art qui se travaille, devenir un alchimiste de l'amour, transformer le plomb en or dans la vie de couple.

    Selon moi, l'autre est mon miroir, ce qui fait que changer d'homme ou changer de femme n'est pas une solution ?

    On ne peut pas changer l'autre. Si quelque chose ne convient pas, on peut se poser la question de savoir pourquoi on a choisi cette personne. Cela m'apprend quoi ? Cela m'apporte quoi ? De tout manière, le travail est sur soi-même. Quelquefois, les chemins se séparent parce que l'on a pas su trouver les bonnes réponses. Je vais également parler du carré magique du couple : savoir donner, recevoir, se donner, demander, refuser. On voit l'autre comme quelqu'un qui va combler nos manques, satisfaire nos besoins alors que c'est à nous de faire ce travail. L'autre n'est là que pour faire resplendir les choses, mais pas pour résoudre nos problèmes. Paulo Coelho dit : L'amour n'est pas dans l'autre, il est en nous-mêmes. Nous le réveillons mais pour ce réveil, nous avons besoin de l'autre.

    Cela veut-il dire que seul-e on évolue moins rapidement ?

    Cela dépend des personnes. Certains ont besoin de cette solitude pour évoluer. Il n'y a pas un chemin, nous avons tous des chemins différents et respectons cela, trouver celui sur lequel nous avons envie d'avancer. Il est vrai que l'autre est très souvent un accélérateur. Il nous renvoie des choses que l'on ne verrait pas tout seul, mais avec sa propre vision. A nous de déterminer si l'on accepte ou non sa manière de voir. De toute manière, il y a un bout de chemin à faire avec ce qu'il nous renvoie.

    Vous proposez un atelier "La magie des émotions". Les émotions, un domaine qui rend plutôt inquiet et vous parlez de magie, pourquoi ?

    Très souvent, on parle des émotions comme quelque chose de négatif, alors qu'elles sont des messagères qui nous parlent de nos besoins, de nos manques, de nos défenses. Si nous ne prenons pas le temps de les accueillir et de les écouter, nous n'allons jamais pouvoir avancer dans notre chemin de vie. Les mettre de côté, les refouler, les écraser nous fera manquer quelque chose d'essentiel. Je parle de magie parce que les émotions nous révèlent des choses infiniment précieuses. L'idée est de les écouter. Les émotions de base, la peur, la colère, la tristesse et la joie, avec en plus selon Paul Ekman, la surprise et le dégoût, chacune comme une baguette magique nous donne une indication. Si vous avez peur, y a-t-il un changement, y a-t-il de l'inconnu, si vous êtes en colère, y a-t-il eu un dommage, c'est comme un clignotant sur un tableau de bord qui permet de comprendre les choses. Depuis notre plus jeune âge, nous avons appris que les émotions étaient dangereuses et qu'il ne fallait surtout pas se laisser dominer par elles. Nous les avons oubliées, détournées, ensevelies et avons mis en place des dysfonctionnements. Dans l'atelier, je vais parler des timbres, des raquettes, des élastiques. Les participants iront à la rencontre de leurs émotions et apprendront à les exprimer. Nous vérifierons où en est notre liberté émotionnelle. Nous verrons combien notre intelligence émotionnelle nous parle, combien il est important de l'écouter et parfois aussi de canaliser ses émotions, parce que par exemple trop de colère peut endommager le système cardio-vasculaire ou une peur phobique peut nous poser des problèmes aux niveaux corporel et mental. L'idée est de redécouvrir la magie des émotions pour pouvoir entrer dans l'intelligence émotionnelle.

    Le thème de notre salon est "Sensualité épanouie". Oserais-je vous demander si la vôtre l'est ? Et quels sont vos conseils pour y parvenir ?

    La vie est une sensualité de chaque instant. La sexualité est quelque chose de différent. Nous pouvons avoir une sexualité épanouie et une sensualité rayonnante. En avançant en âge, on peut avoir plus besoin de trouver un nouvel équilibre au niveau de la sensualité et moins au niveau de la sexualité qui sera peut-être plus paisible, mais en même plus épanouie car avec le temps, l'être se connaît mieux. La sensualité se trouve dans l'instant présent, dans la rencontre avec cet instant pour le déguster avec gourmandise. C'est se reconnecter avec ses 5 sens et en profiter pleinement puisque ce sont eux aussi des magiciens. Pour moi la gourmandise est une qualité.

    Un dernier message ?

    Ravie de venir à ce salon, je me réjouis déjà de ce moment de rencontre qui sera à la fois doux et magique. C'est toujours comme ça, les rencontres avec les personnes, je suis dans une attente bienveillante et curieuse et encore gourmande par rapports à tous ces bons moments à venir.

    Merci Françoise Dorn


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