• Converser avec votre sexe

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Que j'ai mal au ventre! Encore ces règles! Pourquoi ça fait si mal? Pourquoi les hommes ne doivent-ils pas supporter cela?

    Je suis la partie de ton corps qui te permet l'union avec l'homme!

    C'est douloureux d'être une femme, chaque mois ça recommence et ça dure une quarantaine d'années!

    Je suis la partie de ton corps qui te permet l'union avec l'homme!

    Pourquoi cela fait-il si mal?

    Mon seul moyen de te montrer que ta manière de penser à mon sujet n'est pas bonne pour toi, c'est de t'envoyer des douleurs. Ainsi, ta croyance [c'est douloureux d'être une femme] est confirmée! Tu pourrais peut-être renverser le mouvement?

    Comment cela?

    Commence à penser que c'est léger d'être une femme, regarde tous les avantages!

    Il y en a peu!

    Qui est-ce qui porte les objets lourds? Qui va au front, te défendre s'il y a un problème, une bagarre, voire une guerre?

    C'est l'homme. Il est vrai que parfois, je préfère mon rôle au sien. Mais il y a tant d'injustice. Pour le même travail, la femme gagne parfois moins. A compétences égales, c'est plutôt l'homme qui est choisi, une jeune femme de vingt et quelques années va vouloir avoir des enfants, il va falloir gérer tout cela, avec l'homme c'est plus simple.

    Arrête, je sais bien que le monde où nous vivons n'est pas parfait. Tu te rends compte de la chance que tu as de pouvoir faire un enfant?

    Oui, c'est merveilleux, J'en conviens. Il paraît qu'il y a des hommes qui nous jalousent.

    Veux-tu commencer à voir le bon côté des choses, à voir ton rôle de femme sous un meilleur jour, à voir ton rôle de mère comme une merveilleuse mission. Tu te rends compte, mettre au monde un enfant, lui apprendre à marcher, à grandir.

    Ça, c'est la mère, mais la femme?

    Il faut tout prendre, c'est le prix à payer. J'aimerais que nous revenions très loin en arrière à mon sujet. J'ai souvent été humilié, souviens-toi quand tu étais petite fille?

    Oui, il ne fallait pas parler de ces choses, il y avait une ambiance autour de toi assez spéciale, du mystère, oui du mystère. Pour te regarder, je me cachais dans un coin où personne ne pouvait me surprendre. L'exploration, les attouchements que je me faisais me laissaient dans un état euphorique. Comment se comporter? J'avais une partie de mon corps qui pouvait me procurer du plaisir, mais y toucher était sale, mal vu, interdit.

    Tes parents t'ont appris ce qu'ils avaient appris des leurs, ils pensaient faire juste, bien faire.

    Quelle culpabilité, quelle rage aussi parfois. Je me souviens, je me disais [Pourquoi Dieu nous aurait-il fabriqué une partie qui procure du plaisir et nous aurait interdit d'y toucher. Dieu est intelligent, c'est impossible qu'il ait fait cela]. J'avais envie que ma version soit la bonne, mais la culpabilité prenait parfois le dessus.

    La culpabilité? Je suis une des parties de ton corps la plus sujette à culpabilité, c'est aussi pour cela que si souvent je t'ai envoyé des messages!

    Quels messages?

    Quand tu as eu l'âge de fréquenter les garçons, quant tu as été attirée par eux!

    C'était bon, la première fois qu'un homme m'a prise dans ses bras, m'a caressée les bras, le dos, le cou, même s'il n'a pas touché mes seins ou mis la main entre mes jambes, j'ai senti mon sexe tout perturbé et ma culotte se mouiller.

    C'est dans la nature des choses, entre mammifères, à l'âge de procréer, le mâle et la femelle sont attirés pour perpétuer la race.

    Oh! Tu résumes bien abruptement!

    C'est simple! Mais les humains ont cette capacité de tout compliquer. Tu avais envie de recevoir l'homme, ton corps s'y préparait. C'est là que commencent les questions [Si je me donne à lui, il va me prendre pour une traînée?], [Je vais le faire attendre un peu], j'irais même jusqu'à dire, c'est là que le marchandage a commencé!

    Comme tu y vas!

    Je suis bien placé pour m'en souvenir. Quel mélange tu as pu faire à l'époque, l'amour, le sexe, l'avenir, la peur de tomber enceinte.

    Grande, cette peur!

    Tu aurais pu parler des choses avec l'homme, lui demander son avis, mais surtout donner le tien [Je t'aime, je veux partager ma vie avec toi, je veux avoir des enfants avec toi, et toi, as-tu des projets d'avenir qui correspondent aux miens?].

    C'était l'idée, pas partagée.

    Et après, tu t'es laissée approcher de plus en plus près, caresser, tu as pris du plaisir, tu ne l'as pas partagé?

    Pas vraiment. Plus tard, j'ai eu ma première relation sexuelle. Déception, ce n'était pas le summum.

    Je m'en souviens, dans une voiture, tu te rends compte, dans une voiture!

    Ça ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

    Culpabilité, encore culpabilité… J'ai bien tenté de t'avertir en t'envoyant des petits problèmes.

    Je croyais que c'était normal, mes copines avaient les mêmes malaises que moi. Et puis j'ai été enceinte, et puis je me suis mariée!

    Dormir dans le même lit que l'homme. Se refuser à lui sans vraiment réfléchir pourquoi!

    Je n'y voyais pas clair moi-même. Je n'avais pas envie de lui ouvrir mon corps alors que l'harmonie et la communication étaient absentes de notre foyer.

    Tu t'es refusé du plaisir à toi aussi!

    C'est vrai, j'ai vécu de rêveries, l'amour, le prince charmant qui viendrait me délivrer du grand méchant loup.

    J'ai continué à t'envoyer des messages. Infections, maux de ventre, j'ai même eu l'impression que ça t'arrangeait, tu pouvais dire [Non, je ne peux pas, j'ai une infection].

    Vrai. J'ai toujours aimé l'amour physique. Je m'en suis privée parce que je voulais atteindre une sorte d'idéal de perfection au niveau du couple qui évidemment je le sais aujourd'hui n'existe pas.

    Heureux de te l'entendre dire.

    Je n'avais jamais d'orgasme par la pénétration, cela me faisait du bien, oui, mais l'orgasme venait uniquement par les caresses. J'ai commencé ma vie sexuelle ainsi, elle a continué ainsi longtemps. J'étais une clitoridienne. Je faisais partie du septante pour cent des femmes qui jouissent seulement à la caresse. D'ailleurs [Le rapport Hite] paru dans les années septante, du nom d'une psychologue américaine, me confirmait que c'était normal, que j'étais dans la majorité.

    La vérité est que tu étais incapable de t'abandonner vraiment à l'homme. La vérité est que septante pour cent des femmes étaient incapables de s'abandonner vraiment à l'homme. Et ce n'est pas parce que la majorité fonctionne ainsi qu'il n'y a pas malaise. Tu ne voulais pas te laisser aller complètement, tu avais des griefs si lourds et si nombreux que t'abandonner à ce monstrueux personnage était chose impossible. Jouir ensemble, était impossible aussi.

    Période difficile de ma vie.

    Malgré le nombre d'indices que je t'ai envoyés pour te faire comprendre que ta manière de penser à mon sujet n'était pas bonne pour toi, tu as persisté…

    Quand j'ai quitté le père de mes enfants, je pensais résoudre le problème. Cela n'a pas fonctionné comme cela, le problème m'appartenait et il a ressurgi avec d'autres hommes.

    Dans un premier temps, tu as vécu le soulagement, tu as profité d'une liberté jamais vraiment vécue puisque tu avais quitté ton père pour te marier. Mais le problème était en toi, ta relation à l'homme n'avait pas changé parce que tu avais changé d'homme. C'était comme si tu détestais une partie de toi-même, puisque chaque être humain a en lui-même une partie féminine et une partie masculine.

    J'ai espéré m'unir de nouveau. J'ai espéré souvent avoir une vie calme avec un homme qui m'aime et que j'aime, refaire un enfant.

    Mais tu choisissais les hommes avec qui ce serait impossible. Marié, célibataire endurci, voyageur, tombeur. La relation ne commençait même pas, sauf dans ta tête.

    Il y en a eu un ou deux avec qui c'était possible, un qui voulait me présenter sa mère, un autre qui m'a demandé pourquoi je ne croyais pas qu'il était amoureux de moi?

    La vérité est que sitôt que tu sentais ta liberté si chèrement acquise en danger, inconsciemment, tu fuyais parce que ta peur de souffrir était plus forte que ton envie d'aimer et de partager.

    Je me souviens, j'ai fini par toucher le fond de la piscine… la descente a été longue, j'ai même pensé que rester au fond était une solution. J'étais comme en morceaux, ici le sexe, là le cœur, là-bas la tête.

    Et pourtant je suis fait pour fonctionner avec le cœur et la tête, en harmonie.

    Aujourd'hui, je l'ai compris. Pour en arriver là, j'ai décidé d'une trêve. Mise en veilleuse, la recherche absolue de l'âme sœur, dominé le besoin de sexe, par-dessus la tête des hommes, pour quelque temps.

    Tu ne t'en es pas sentie plus mal?

    La recherche d'équilibre pour moi-même est devenue plus importante, j'ai commencé à me reconstruire. J'ai retrouvé la paix de l'âme.

    Et puis un soir, tu as rencontré l'âme sœur, je me souviens, c'était beau. Le coup de foudre, la complète euphorie, plus rien ne comptait d'autre que partager, s'abandonner, communier. Tu as commencé à vraiment tendre à l'union, à retrouver le masculin en toi.

    Je ne l'attendais plus. C'est arrivé sans que ni lui ni moi ne puissions faire quoi que ce soit. Il était l'homme, j'étais la femme. Nous nous sommes aimés à la seconde, complètement, nous nous sommes donnés l'un à l'autre. C'était inéluctable, c'était notre destin.

    De mon côté, après ces mois d'abstinence, j'ai vécu à plein régime.

    Pourquoi est-ce qu'avec lui, je n'ai jamais eu de migraine? Il suffisait qu'il me touche, qu'il me parle, même au téléphone, pour que l'envie de m'unir à lui vienne.

    C'était l'union totale, par le cœur, par l'esprit, par le corps. C'est à ce moment-là que tu as commencé à vouloir le retenir en toi, à chaque union. Mes muscles l'enserraient et depuis lui, tu as commencé à ressentir, dans ton ventre, les débuts d'orgasmes vaginaux.

    Oui. Sans vraiment en prendre conscience au début, car cela a été un processus très long, mais quelques années plus tard, je suis devenue une [vaginale].

    Tu as aimé de l'intérieur, la fusion totale, ainsi tu as connu le plaisir partagé et simultané, comparable à aucun autre.

    De ce côté là, oui, mais pour ce qui est de la vie, après quelques années, nous avons rompu.

    Tu laisses dans l'ombre une information importante, malgré tout le temps qu'il passait avec toi, il était engagé avec une autre femme, marié.

    Aujourd'hui encore, quand j'y pense parfois, cela me rend triste. Mais la vie a continué.

    Après quelques mois de tranquillité, la relation suivante a été particulière. On dit que la dimension du sexe masculin ne compte pas, j'ai bien aimé pouvoir goûter au plaisir de l'union avec à un homme bien membré.

    Moi aussi. Mais pourquoi, après la rupture pour cause de mariage, je me suis mise dans une situation pareille. Un homme qui apparaît de temps en temps pour trois ou quatre semaines, avec lequel nous vivons des moments d'union extraordinaire, et puis qui disparaît. Un homme avec qui j'étais prête à partager le quotidien.

    Tu ne crois pas que ce qui t'a attirée, c'est justement l'extraordinaire, et celui qui sait être extraordinaire peut difficilement accepter l'ordinaire, le quotidien. Il ne voulait certainement pas la même chose que toi.

    J'ai voulu croire que nos rêves étaient les mêmes, la fin de notre relation me montra bien le contraire.

    Rappelle-toi un détail, il te donnait des orgasmes sublimes, mais souviens-toi, c'est lui qui se refusait parfois. Il se faisait désirer, il s'admirait, il connaissait le pouvoir de son sexe. Les femmes ne sont pas les seules à savoir se faire désirer.

    Avec lui, je me suis rapprochée de mon côté masculin, j'ai commencé la réconciliation intérieure. Après lui, je me suis fait une promesse [Je veux maintenant partager la vie avec un homme, partager le quotidien, ne plus m'enfuir au premier problème, garder à l'esprit cette promesse de vivre le quotidien, malgré les habitudes, malgré les différends] et j'en suis là aujourd'hui.

    Il y a quand même encore une question qui mérite réflexion. Pourquoi est-ce que parfois tu préfères les plaisirs solitaires?

    C'est tellement facile. Durant mes périodes de refus à l'autre, de solitude, d'hibernation, j'ai acquis une grande connaissance de mon corps et du plaisir qu'il peut me procurer.

    Tu disais vouloir partager, t'unir, t'abandonner.

    C'est ce à quoi je tends, cela ne veut pas dire que j'y arrive. Le quotidien est agréable, tranquille. Il y a des fonctionnements qui ont la peau dure. Je me retrouve, après vingt années de vie seule, vivant avec un homme. Je me regarde aller, je déloge les vieilleries toujours enfouies au fond de moi, je les travaille les unes après les autres. Un jour, ce sera le vrai partage.

    Un jour, pourquoi pas ce jour.

    Oui, pourquoi pas?


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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