• Converser avec votre peau

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Ça me démange, ça me picote tellement que même devant les gens, je suis parfois obligée de me gratter?

    Heureusement que ça se passe à la tête!

    Oh, c'est déjà arrivé que ce soit à un endroit vraiment beaucoup plus délicat, intouchable en public, comme le sexe ou l'anus! Et là… attends une minute, tu me parles, alors tu peux me dire pourquoi tu me joues ce mauvais tour?

    Je ne te joue aucun mauvais tour, je suis comme les autres parties de ton corps, là pour te rendre service, au service du tout comme le tout est à mon service.

    Alors pourquoi ces démangeaisons?

    Ça a commencé il y a longtemps, quand tu étais enfant, mais avant, parlons toi et moi de quelque chose qui me tracasse. Quand tu dis [Cela coûte la peau des fesses] tu entends quoi?

    Très cher, ma chère.

    Tu ne serais quand même pas prête à troquer une partie de peau pour autre chose?

    Bien sûr que non, je tiens beaucoup à toi et cette partie féminine, érotique, d'autant plus.

    Quand tu dis [Je l'ai payé la peau des fesses] que suis-je supposé en déduire?

    Je répète, très chère ma chère.

    Tu peux éviter s'il te plaît. Je ne comprends pas vraiment le sens figuré. Si tu continues, je devrai réagir au sens propre et cela risque d'être fort incommodant! Ce n'est pas une menace, rassure-toi. Je veux simplement te faire comprendre que ta pensée, tes paroles, ce que tu transmets devrait être clair, dénué d'ambiguïté de ce genre.

    Je te comprends et te promets d'y faire attention. J'y pense, dire de quelqu'un qu'[Il n'a que la peau et les os] est une expression difficile à entendre aussi?

    Imagine, une personne déjà sur le point de disparaître par sa maigreur, il est préférable de relever ce qu'elle a de plus en chair.

    J'ai l'habitude de dire que [J'ai la peau dure], dans le sens que je suis une coriace, et pourtant ma peau est douce, c'est une contradiction?

    Je sais que tu t'es longtemps campée dans le personnage coriace prêt à affronter n'importe quelle bataille, mais au fond tu n'es pas ce personnage.

    Là tu me bouscules, tu insinues que je suis douce mais que je n'ose pas le montrer?

    Bravo. Et je sais même pourquoi tu n'oses pas révéler ta douceur.

    Etre une femme aujourd'hui, dans ce monde encore dirigé en grande majorité par des hommes, il faut se montrer forte, résistant à n'importe quelle catastrophe, cacher ses émotions, garder le front haut en toutes circonstances.

    Tu crois cela? Tu t'es coulée dans ce moule de femme féministe forte, mais moi ta peau je suis douce. Dans ta vraie nature, il y a beaucoup de douceur.

    [Les gens trop gentils se font manger tout crus].

    En voilà une belle croyance. Tu es persuadée que si tu te montres douce, tu vas te faire avoir, surtout par les hommes. Tu as attiré dans ta vie des circonstances qui te donnent raison. Chaque fois que tu as succombé à la gentillesse, à la douceur, tu t'es pris un arnaque?

    Tu sais bien. Et de belles façons. On dirait même qu'il y a de la bêtise là derrière parce que la leçon, je l'ai reçue plusieurs fois. Comment éviter que cela ne recommence?

    Réfléchis. Comment se déroule le film? Tu es attirée par un homme. Au départ tu es méfiante. Mais après quelques petits cadeaux, flatteries et caresses dans le sens du poil, tu succombes. C'est comme si tu en oubliais d'utiliser ton intelligence. T'étant privée d'utiliser ta douceur trop longtemps, tu relâches complètement, sans même voir les indices flagrants de possible ambiguïté. Tu préfères baigner dans une espèce de flou artistique rose, plutôt que de réagir.

    Ces instants de douceur de tendre communion sont si bons. Mettre à ce moment-là, le doigt sur ce qui ne va pas? Non, je préfère faire durer le plus longtemps possible les premiers délices.

    Tu fais l'autruche. Tu mets la tête dans le sable. Et le jour où tu la ressors, désillusions amertume sentiment de trahison, tu trouves vraiment que le jeu en vaut la chandelle?

    Mais tu disais que je suis douce.

    Ta vraie nature est douce. Cela ne veut pas dire naïve et crédule. Sépare les deux choses. Donne-toi de la douceur, donne de la douceur, ce monde en manque tant. Mais si quelqu'un tente de te manipuler sache être ferme, déterminée. Tu n'as plus besoin d'être gentille pour être aimée.

    Comme quand j'étais enfant? Oui, pour être aimée je croyais qu'il fallait être sage obéissante brillante.

    N'essaie pas de mettre la responsabilité sur les autres, sur tes parents. C'est toi qui as choisi ce comportement pour plaire parce que c'était plus confortable pour toi. Tu n'as pas vu que tu y perdais en authenticité. Tu as fabriqué un personnage à la mesure de ta croyance.

    Je suis d'accord, étant enfant j'ai agi comme ça, mais plus tard, j'ai changé je suis devenue moi-même.

    Mais non, tu es partie dans l'autre sens, comme le battant d'une cloche. Quand il se trouve près d'un bord, il ne peut pas s'arrêter au milieu, il est obligé de partir dans l'autre sens pour finir par se stabiliser au milieu. L'équilibre est au milieu, en tout. La douceur de ton enfance ou de tes moments de somnolence où tu refusais de voir les indices de vérités, puis la combativité de la carriériste, de la féministe et enfin l'harmonie de la femme douce qui sait aussi devenir guerrière s'il le faut.

    Belle leçon, merci la peau. Parlons un peu de couleurs, qu'as-tu à dire de la couleur de la peau?

    La couleur. Etre noir au milieu des noirs ne pose aucun problème quant à la couleur de la peau. Etre blanc au milieu des blancs non plus. C'est la différence qui pose un problème. Nous sommes nombreux à avoir une peur atavique de ceux qui ne sont pas comme nous. Le reste, ce n'est qu'affaire de mode. Il fut un temps où être le plus blanc possible était du meilleur goût. Vers la fin du vingtième siècle, avoir une peau bronzée toute l'année donnait l'impression de rester un éternel jeune cadre dynamique. Aujourd'hui, la mode est à la protection. Se protéger des rayons du soleil, se protéger du froid, se protéger de tout. Quelles peurs se cachent derrière tout cela?

    La, tu t'égares?

    Oui, c'est vrai, c'est un autre débat. Relevons seulement que les hommes sont devenus beaucoup plus fragiles aux effets du soleil. Le mot [cancer] fait quelquefois bien plus de mal que la maladie elle-même. Le cancer est une altération des cellules elles-mêmes et déviation du mécanisme de reproduction de tout un groupe cellulaire.

    Tu n'aurais pas une explication plus simple.

    L'être humain est devenu moins résistant. Ces cellules ne se régénèrent plus.

    Mais quand il s'agit de toi, la peau?

    Je suis l'enveloppe extérieure du corps, la protection. Je suis aussi le contact direct avec l'extérieur. Je lance un message en diminuant cette protection. L'homme devrait se demander pourquoi cela arrive, comme pour n'importe quel malaise, quelle maladie, quel accident?

    Et pourquoi cela arrive-t-il?

    En ce qui concerne le cancer, la question sera abordée avec les seins. Je préfère en revenir à toi. Quels problèmes je te pose, en ce moment par exemple?

    Rien de particulier. Remarque, depuis de nombreuses années, une réaction m'énerve beaucoup. J'aime boire un verre de vin, quelquefois davantage. Quand je suis au restaurant, je bois une première gorgée du verre que j'ai commandé et trente secondes après j'attrape des rougeurs dans le cou et je sens la chaleur qui monte sur mon visage, pourquoi me fais-tu cela?

    Tu aimes le vin. Tu en commandes un verre avec ton plat du jour. Mais lorsque tu bois la première gorgée, que se passe-t-il dans ta tête?

    Je commande un verre d'eau avec!

    Pourquoi cette réflexion? Que se passe-t-il quand tu bois ta première gorgée?

    J'assure, je me dis qu'aujourd'hui, pour une femme qui mange seule au restaurant, il n'y a pas de honte à boire un verre de vin. Mais voilà, je sens monter la chaleur depuis la gorge vers le cou et je sais que les rougeurs m'envahissent.

    Pas de honte à boire un verre de vin! Pourquoi serait-ce honteux?

    Pendant longtemps, une femme n'allait pas seule au restaurant. La plupart des femmes ne boivent que de l'eau minérale, des tisanes ou du café, au restaurant. Je me dis haut et fort qu'il n'y a pas de honte, mais au fond, j'ai peur que les gens me prennent pour une alcoolique.

    Tu as peur de ce que les autres pensent à ce point? Et si je te disais que la grande majorité s'en fiche complètement.

    Je le sais avec ma tête. Mais même si je le sais, il suffit qu'il y ait une personne qui me regarde un peu trop longtemps et je fais une crise de paranoïa.

    Le message que je t'envoie, c'est de t'aimer, de te donner toi-même de l'estime. Je le répète et le répéterai encore souvent. A ton âge, tu peux te passer de l'opinion des autres. Les rougeurs c'est pour te dire que tu as une manière de penser qui n'est pas bonne pour toi. Accepte-toi comme tu es, en aimant le vin.

    L'abus d'alcool actuellement est un problème soulevé chaque jour, chaque heure, chaque minute à la télévision, à la radio, dans les journaux. Boire un verre de rouge, cela est devenu criminel. D'ailleurs si quelqu'un se fait prendre avec un taux d'alcoolémie supérieure à ce qui est autorisé et qu'il récidive, il est puni souvent plus sévèrement qu'un autre qui a tué par négligence ou un troisième qui lors d'un accident a fait des dégâts pour plusieurs milliers de francs. Le premier n'a causé aucun dommage, il a enfreint la loi, c'est tout.

    Je sens que cela te provoque d'autres symptômes? Raconte-moi!

    Oui, ça me gratte dans le dos et mon cœur bat la chamade. Ça me met en colère, la pression de la collectivité, comme si nous n'étions tous que des attardés. L'alcool et le tabac (je fume aussi) les deux ennemis publics du moment.

    Laisse sortir cette colère, la retenir, la contenir c'est malsain. Je serai obligée de t'envoyer une bonne démangeaison pour te faire comprendre.

    D'accord. Toutes les personnes quotidiennement de mauvaise humeur font bien plus de mal à leur entourage que celles qui boivent un verre ou fument une cigarette. La violence les guerres les catastrophes les accidents qui sont montrés en direct, élevés au grade de scoop par les médias font beaucoup de mal dans les esprits et de cela on en parle peu. Il y a pire. Toute la violence imaginée par les gens de cinémas ou de télévision et que nos enfants regardent cela gangrène la société de demain. J'irai même plus loin en disant que la publicité est mensongère, elle fait miroiter aux individus un semblant de bonheur par la consommation par le matériel, alors que toi et moi nous savons que le bonheur est à l'intérieur.

    Tu as raison pour toi-même. Laisse chacun faire son chemin pour découvrir son essence. Toi l'épicurienne, tu ne vas pas cracher dans la soupe. Malheureusement pour toi, l'alcool et la cigarette sont des dépendances visibles, tandis que la mauvaise humeur la méchanceté la dépendance aux mauvaises nouvelles, aux films catastrophes, cela se remarque moins.

    Dommage. Il est vrai que nous vivons sur la planète terre pour faire l'expérience de la matière, mais pourquoi avons-nous oublié les êtres spirituels que nous sommes aussi?

    Pourquoi? Je te suggère de t'en préoccuper pour toi-même et de laisser faire les autres! La colère est passée?

    Oui, ça va mieux. A propos la peau, pourquoi la plupart des enfants attrapent des maladies de peau, rougeole rubéole varicelle et j'en passe.

    L'enfant ne peut pas toujours piquer une bonne colère comme tu l'as fait plus haut. Il ne sait pas comment faire pour exprimer ce qu'il ressent intérieurement. Son corps, sa peau envoie un message aux adultes qui l'entourent. Et comme par miracle toute l'attention dont il avait besoin, il l'obtient. Il est intéressant de remarquer que ces maladies affectent en même temps les yeux, le nez, les oreilles et la gorge. Ces enfants ont une grande difficulté momentanée de communiquer. Encore que de nos jours et heureusement, ils expriment leur point de vue, haut et fort, de plus en plus tôt.

    Autre chose, il m'est arrivé que tu sois sèche, problème qui finit en démangeaisons désagréables.

    De quelle partie du corps s'agissait-il?

    Les jambes, enfin une partie à l'intérieur des cuisses qui me démangeait beaucoup.

    Et que se passait-il dans ta vie à ce moment-là?

    La totale. Problèmes relationnels avec l'homme avec qui je vis. Il parle peu et j'avais décidé de ne pas parler non plus, de ne pas aller vers lui (avec mes jambes, tiens…)

    Tu commences à faire les réponses toute seule! On peut dire qu'en l'occurrence, tu étais sèche, tu ne voulais pas aller vers lui?

    C'est cela. Et j'ai soigné cette sécheresse avec de la crème. Non, je plaisante. La crème a bien aidé, mais c'est lui qui finalement a rompu le silence. En deux heures, nous avons parlé et tout s'est arrangé. Durant la même période, j'avais trouvé un travail qui ne me disait rien de bon.

    Une impression?

    Oui, une impression qui s'est d'ailleurs confirmée puisque je n'y suis restée qu'un mois. En fait, je m'étais fait une promesse, celle d'aller où la vie m'amènerait.

    Je me souviens que tu n'avais pas vraiment lâché prise. Tu allais vers ce travail remplie de questionnement et de peurs, avec sécheresse. Et quand tu as pu vraiment lâcher et faire confiance, que s'est-il passé?

    Nous avons convenu, dans une parfaite harmonie, l'employeur et moi que mon séjour se terminerait à la fin du mois, ce travail n'étant pas fait pour moi et n'étant pas faite pour ce travail. C'était un peu comme un test pour voir si j'étais vraiment capable de lâcher prise. Et après cela, mon problème de peau a complètement disparu.

    Il n'y avait plus de raison, je pense que des deux côtés, homme et travail, tu avais compris le message.

    Inconsciemment! C'est maintenant en y repensant que je comprends. Je réalise à quel point il est important pour sa propre évolution de réfléchir aux événements passés pour en tirer les leçons. Merci la peau.

    C'est pour ton bien et pour mon bien.


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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