• Converser avec votre gorge

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    J'ai une [boule dans la gorge], mais oui une boule. J'ai beau essayer d'avaler, de respirer plus profondément, rien à faire, la boule reste.

    Tu peux réfléchir un moment à ce que tu fais passer par moi?

    Et bien, l'air, la nourriture et la boisson.

    Effectivement, mais il y a encore quelque chose, quelque chose de très important qui se crée au niveau de la gorge et qui permet de communiquer?

    Les mots, les phrases.

    Oui, les idées viennent de ton ventre, de ton plexus. La formulation vient de ton mental, avec lequel tu as appris à t'exprimer, et l'instrument pour sortir des sons, pour communiquer, c'est la parole.

    Quel rapport avec la boule?

    La boule peut être le résultat d'un disfonctionnement aussi bien au niveau de l'air qui circule, de la nourriture ou de la boisson qui passe que des phrases qui sortent.

    Je vois que le passage est primordial et qu'il peut être utilisé de la tête vers le bas, mais aussi monter, comme la parole.

    Je me souviens de la gorge d'Adam, et du morceau de pomme qui lui est resté en travers, que l'on peut encore voir sur ces descendants, la pomme d'Adam.

    C'était l'arbre de la science du bien et du mal. Dieu lui avait pourtant dit de ne pas y toucher et il porte aujourd'hui encore la marque de sa désobéissance.

    C'est une manière de voir, laissons cela. Maintenant que j'ai la chance de communiquer avec toi, c'est ma spécialité, communiquer, j'ai quelques réclamations. Quand tu dis, j'ai la [gorge serrée], que suis-je supposée comprendre.

    C'est ce que je ressens, à certains moments d'émotions ou de difficultés, l'impression de ne pas savoir que dire, ne pas arriver à parler.

    [Serrer la gorge] et tu t'étonnes après que je te renvoie une boule? Veux-tu me dire pourquoi tant d'hommes se serre la gorge avec une cravate ou un nœud? C'est très inconfortable. Heureusement que tu es une femme, de ce côté là tu as moins de contraintes, seulement de ce côté là.

    Je pense à l'expression le [couteau sous la gorge], tu ne dois pas trouver cela confortable.

    La violence, encore la violence, a quoi peut bien servir un couteau, à couper. L'expression engendre une réaction de violence, est-ce utile?

    Non. Plus de violence. Et que fais-tu de [faire des gorges chaudes]?

    Associer la chaleur à la malveillance, ça me met dans une situation délicate parce que la chaleur pour moi, c'est une bonne chose mais la malveillance? Je préfère quand tu [ris à gorge déployée] parce que là tu te fais du bien.

    J'aime aussi [rire de bon cœur].

    Il y a autre chose, des croyances que tu as achetées et qui ne sont pas bonnes pour toi. Chaque fois tu répètes [si je me tiens à côté d'une fenêtre ouverte, j'attrape mal à la gorge] de mon côté je fais mon possible, mais tu y crois si fort que finalement j'obtempère et pour que tu aies raison, je t'envoie un mal de gorge.

    Mais j'ai toujours entendu dire cela.

    Les dictons devraient être comme les aliments, ils devraient avoir une date limite de validité.

    C'est bizarre, la gorge, depuis que j'écris ce chapitre, j'ai un [nœud au fond de la gorge] et j'ai attrapé une toux irritante et très désagréable. Dis-moi…

    C'est grippé? Irrité? Qu'y a-t-il en ce moment qui coince?

    Dans plusieurs domaines qui ont un lien avec toi il y a problème. D'abord, j'ai une opinion à exprimer à un groupe de personnes. Mais je préfère pour l'instant prendre du recul.

    Et c'est quoi prendre du recul?

    J'ai quasiment coupé les ponts, je ne réponds pas au téléphone quand il s'agit d'une de ces personnes, je lis puis supprime les courriers électroniques. Je me dis que j'ai besoin de réfléchir.

    Réfléchir à quoi? Qu'est-ce qui reste coincé au fond de toi? De quoi as-tu peur?

    Peur, mais non, tu te trompes. Je ne veux pas dire les choses d'une manière blessante, alors j'attends.

    Tu attends quoi? Et pourquoi as-tu peur de blesser? Tu veux être toi-même et la seule manière c'est de dire ce que tu penses.

    Et si elles se mettent en colère? Je déteste la colère, elle m'a toujours effrayée, alors j'attends.

    Ce n'est pas bon pour toi. Dire ce que tu penses, être authentique est bien plus important que de se cacher derrière une pseudo bonne intention de ménager l'autre. Tu as surtout terriblement peur de la colère?

    C'est vrai, je voudrais que tout se passe toujours dans le calme et l'harmonie.

    Ce n'est pas possible. Quand des personnes sont en désaccord, avec plus ou moins d'intensité, il arrive que le ton monte. Ce n'est pas la peine d'en faire une affaire d'état. Une fois les avis exprimés de part et d'autre, le ton ne peut que redescendre.

    Il me semble qu'il y a quelque chose de plus profond en moi. Si je ne suis pas d'accord, l'autre va moins m'aimer. Ça me rappelle une histoire de mon enfance, tu te souviens? J'avais trop parlé…

    Vas-y raconte.

    Je travaillais aux champs, je n'aimais pas vraiment cela. Je trouvais surtout injuste de devoir tirer un râteau qui me semblait peser une tonne alors que mon père se tenait sur le tracteur. J'ai dit à mon frère quelque chose comme [Ce flemmard il reste tout le jour sur le tracteur et nous on fait tout le boulot dur].

    Aïe! Oui je m'en souviens, mais continue.

    D'abord ce rapporteur est allé le redire à ma mère. Ensuite ma mère l'a redit à mon père. Le soir au souper, mon père comme il savait si bien le faire, remerciait félicitait pour le bon travail. [Pas si bonne que cela, ta fille elle t'a traité de flemmard] a dit ma mère. Seigneur la honte que j'ai ressentie. Si j'avais su comment devenir invisible je l'aurais fait. Quelle déception aussi. D'abord trahie par mon frère puis par ma mère. J'ai tellement regretté d'avoir dit cela.

    Et tu as décidé quoi à ce moment-là?

    Qu'il fallait toujours faire très attention à ce qu'on disait parce que cela pouvait avoir des conséquences désastreuses.

    Mais tu pensais vraiment ce que tu as dit?

    Oui, je trouvais injuste.

    Alors, ce qui t'a le plus fait mal c'est le fait que ton père le sache?

    Oui. Je voulais tellement lui plaire, être sa petite fille sage la plus travailleuse la plus belle la plus gentille, j'étais celle des superlatifs…

    Mais à quel prix? Tu n'étais pas authentique, tu trichais pour être aimée?

    Tu es dure avec moi?

    Je veux ton bien. Tu vois, tu as ramené cette histoire vieille de 40 ans à aujourd'hui et tu te comportes la même chose.

    Je suis dans une terrible ambiguïté, d'un côté j'ai envie de dire ce que je pense et de l'autre je ne veux pas déplaire ou susciter la colère des autres.

    D'abord, comment peux-tu être sûre que la colère sera de la partie?

    Effectivement.

    Trouve-moi une seule raison valable pour ne pas dire ce que tu penses, à part tes peurs, peur de déplaire, peur de la colère, peur de ne pas être appréciée, voire peur de ne pas être aimée?

    Il faut du courage.

    Je sais que tu en as en réserve, alors?

    J'ai peur.

    Si tu commençais par dire que tu as peur à tes interlocuteurs!

    Me mettre à nu devant les autres, tu rigoles?

    J'en ai l'air? Je t'assure que ce sera bien plus facile si tu étais vraie. Tu as peur. N'en faisons pas un fromage. Mets-toi à la place des autres, quelqu'un qui avoue sa peur c'est courageux c'est faire preuve d'une grande franchise.

    Oui, j'aimerais assez que quelqu'un vienne vers moi et commence par me dire qu'il a peur. Je ne pourrais que trouver cela aimable, engageant.

    Alors, tu as compris le message?

    Etre authentique, être vraie en toute circonstance. Ouvrir la bouche pour laisser passer une pensée profonde. Ne pas se taire lorsque quelque chose veut monter du cœur. Exprimer ses sentiments.

    Je vois que tu es bonne élève.

    Exprimer aussi quand cela peut provoquer controverse désaccord ou colère.

    Qui va exprimer ton essence, ce qu'il y a au fond de ton âme, si ce n'est toi? Dépasse tes peurs et sois authentique.

    Mais j'y pense, depuis enfant j'ai toujours eu des maux de gorges à répétition.

    A l'arrivée dans la vie, j'ai déjà été serrée, je suis une partie fragile parce que précieuse.

    Je ne me souviens pas de ce passage. Par contre, un souvenir me revient. J'ai rencontré un homme, un ange plutôt. Très vite il s'est inquiété du fait que je me raclais souvent la gorge.

    Oui, cet homme t'aimait d'un amour sincère, il voulait ton bien. Il avait compris qu'à se racler ainsi la gorge, il devait y avoir quelque chose de pris.

    Il m'a donné confiance en moi. D'ailleurs après quelques mois de fréquentation, mon petit problème de gorge avait disparu.

    Pourquoi? Réfléchis?

    Il m'aimait. Je savais qu'il m'aimait sincèrement. Il m'a aidée à m'exprimer, il m'y a poussée souvent. Il me donnait un si bel exemple. Même dans les situations difficiles, il était toujours lui-même. En quelque sorte, il était le contraire de moi.

    Je reviens à ma question, pourquoi ton mal a disparu à ce moment-là?

    Je vois. Il me donnait ce que je ne me donnais pas, l'amour de moi-même.

    Nous-y voilà. Aime-toi! L'amour des autres de l'homme de la famille des amis ce sera comme une cerise sur le gâteau.

    C'est plus facile à dire qu'à faire.

    Qui a dit que ce devait être facile. Ne sommes-nous pas là pour évoluer? Se dépasser? Devenir libres, autonomes?

    Oui, j'adhère à ton idée.

    Autre chose. Il passe par moi les mots, les idées, mais aussi l'air. Comment aspires-tu la vie?

    Je suis plutôt d'un naturel optimiste.

    Balivernes! Comment respires-tu? A moitié. Combien de fois par jour prends-tu la peine de respirer vraiment, une bonne bouffée. Combien de fois par jour dis-tu merci à l'univers d'être là, d'avoir tout l'air que tu veux bien respirer.

    L'air, c'est normal, sinon je meurs.

    J'ai l'impression quelquefois que tu en prends juste ce qu'il faut pour ne pas mourir. Pourquoi ne pas aspirer à pleins poumons, avec un grand sourire au ciel, et jouir de chaque jour qui passe, comme si c'était le dernier.

    Carpe Diem, Horace le disait il y a bien longtemps. Mais que faire des contrariétés, des problèmes, des événements qui ne vont pas dans le sens qui me convient.

    C'est vrai tout cela existe. Qu'est-ce qui t'empêche d'aspirer à la vie quand même. C'est peut-être simplement une mauvaise habitude de se laisser aller à la mélancolie.

    Parfois, je suis fatiguée de lutter.

    Qui te dit qu'il faut lutter, il vaut peut-être mieux prendre les choses comme elles viennent. Les sages chinois disent [Si tu perds, ne perd pas la leçon].

    Ce serait une habitude la mélancolie?

    Oui et changer une habitude, nous en avons déjà parlé avec la tête, ce n'est pas facile. Tu peux le prendre comme un objectif [Depuis aujourd'hui j'aspire à la vie. Chaque matin durant un quart d'heure je respire. J'inspire le positif. J'inspire l'amour. J'inspire le pardon aux autres et à moi-même. J'inspire la compassion. J'expire le négatif. J'expire les soucis. J'expire la rancune. J'expire le désir de haine ou de vengeance].

    Joli programme.

    Commence tout de suite. Il te faudra de la discipline et de la persévérance, mais tu peux y arriver et ce sera tout bénéfice pour moi.

    Nous n'avons pas encore abordé le sujet de la nourriture et de la boisson?

    Grand sujet c'est bien pour cela que c'est toi qui l'aborde. Tu fais passer bien des aliments et là nous sommes plusieurs à être concernés. Manges-tu quand tu as faim? Bois-tu quand tu as soif?

    Oui mais, la gourmandise. J'aime manger et il m'arrive de le faire par envie ou par habitude. J'aime aussi boire de l'eau du vin.

    Et tu avales de travers parfois?

    Tu me fais des surprises, une gorgée de bon vin qui passe [par le trou du dimanche] et tout mon corps est en ébullition. Pourquoi?

    Ce n'est pas le fait de boire du vin. C'est la pensée qui accompagne ce geste. La tête me les transmet ces pensées [Tu bois trop], [Tu manges trop], [Attention tu vas grossir], [Tu es déjà assez grosse], [Tu vas devenir alcoolique] etc.

    Tu as une solution?

    Prends conscience de ce que tu fais. Mange ce dont ton corps a besoin quand il réclame de la nourriture. Si tu te laisses aller à la gourmandise, fais-le en connaissance de cause avec parcimonie. Ne t'accuse pas. Quand tu prends plaisir à t'enivrer un peu, ne t'accuse pas non plus. Vois jusqu'où c'est bon pour toi et diminue si c'est nécessaire. Mais surtout, sois douce avec toi-même.

    Merci la gorge. En ce qui concerne la nourriture et la boisson, nous y reviendrons avec l'estomac, sans aucun doute.


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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