• Converser avec vos seins

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Ils étaient vraiment trop gros… lourds à porter. Le soutien-gorge me sciait les épaules et j'avais sous les seins de l'humidité en permanence qui me donnait des rougeurs, des boutons…

    Nous représentons le principe de la maternité. La maternité pour toi était-elle lourde à porter?

    Vous savez bien, vous qui avez nourri deux petites filles, après un divorce la vie n'a pas été facile vie de mère vie de travailleuse vie de femme.

    Tu as fait ce que tu as pu sur le moment. Ta manière de penser au sujet de la mère que tu as été n'est pas bonne pour toi.

    Vous avez raison, je m'accuse d'avoir été une mauvaise mère. Aujourd'hui, mes filles sont mères ou en âge de l'être. Je m'accuse encore de n'avoir pas donné le bon exemple. Quand je retrouve chez elles un comportement que j'ai eu, je culpabilise et me dis que j'aurais pu donner plus de temps à être mère et moins au travail et à ma vie de femme. Mais sur le moment, il y a vingt ans, je pensais le contraire.

    Tu aurais voulu être plus mère, nous t'avons montré par notre volume que l'idée était démesurée.

    Je suis la première à vouloir faire la leçon, à dire que la culpabilité est inutile, qu'il faut tout mettre en œuvre pour perdre cette mauvaise habitude de se sentir coupable à propos de tout et de n'importe quoi. Plus facile à dire qu'à faire. Cela sort des tripes…

    Et bien continue de culpabiliser…

    Non. Maintenant je veux remplacer la culpabilité par la responsabilité. En l'occurrence, ai-je fait quelque chose qui nuise à quelqu'un? Peut-être mais de toute manière, on n'a ni le père ni la mère qu'on aurait voulu.

    Prenons de la distance et regardons les choses sous l'angle suivant, l'être humain a choisi ses parents en fonction d'une blessure qu'il est venu guérir sur cette terre.

    Une des cinq blessures de base qui sont la trahison, le rejet, l'abandon, l'humiliation et l'injustice.

    Oui. Et quelle est la meilleure manière de guérir d'une blessure pour un être humain? Se remettre en situation, se retrouver trahi, rejeté, abandonné, humilié ou traité injustement pour avoir la possibilité de dépasser la blessure, de la comprendre, d'en guérir.

    Quel rapport avec vous?

    Admettons que tes filles t'aient choisie parce qu'elles avaient à guérir des blessures que tu as aussi, tu as déjà moins de raison de culpabiliser? Tu as fait de ton mieux, avec la connaissance que tu avais sur le moment et à ton niveau d'évolution?

    Oui. Mais si j'avais fait différemment, elles auraient pu évoluer plus vite.

    Tu n'es en aucune manière responsable de l'évolution de tes enfants. En mettant au monde un enfant, tu as la tâche de le nourrir, de l'élever, de lui donner ce dont il a besoin pour devenir un homme. Ce qu'il en fera, ce n'est plus ton problème. Tu es sur terre pour ta propre évolution et non pour celle des autres, même tes enfants.

    Si j'avais été plus présente, elles auraient été plus rassurées.

    Revenons à ces fameuses blessures. Si l'une de tes filles a une blessure d'abandon, elle est venue pour la soigner, elle avait ainsi besoin d'une mère pas trop présente pour se trouver en situation et dépasser sa blessure.

    Vu sous cet angle…

    La vraie question est celle qui permet ensuite d'appliquer la loi du retour.

    De quoi je m'accuse? D'avoir parfois abandonné ou rejeté mes filles.

    Quel est le prix à payer? Que tu soies toi-même abandonnée ou rejetée. Es-tu d'accord de payer?

    Bien sûr, cela m'est déjà arrivé. Et puis, d'accord ou pas d'accord, quand cela arrive, a-t-on vraiment le choix?

    Non, justement. Au moment de récolter ce que tu as semé, tu n'as pas le choix. Par contre, maintenant, tu as le choix, celui d'arrêter de culpabiliser. Tu peux le faire puisque c'est du surplus de souffrance inutile. La loi du retour est incontournable, la culpabilité pas.

    Remplacer par la responsabilité c'est se dire, je suis d'accord de payer le prix si quelqu'un me fait la même chose que j'ai fait aujourd'hui. J'accepte, alors inutile d'aller plus loin.

    Bien. Parlons maintenant de cette humidité et de ces boutons. L'eau c'est l'émotion, ce sont des émotions que tu n'exprimes pas, que tu refoules. Ton corps trouve un autre moyen de les exprimer par la transpiration.

    Cela me donnait des rougeurs, cela me démangeait et ma peau était devenue un terrain propice à de nombreux boutons.

    Ta vie de mère te pesait, te démangeait. Les marques sur ta peau sont aussi un message. Avais-tu honte de ton image? La peau a une relation avec la valorisation de soi face à l'extérieur. Le jugement des autres avait parfois plus d'importance que le tien, tu manquais d'amour de toi-même.

    C'est tellement vrai. Je vivais par rapport à l'extérieur plus que pour moi, mes buts, mes valeurs. J'étais un peu une marionnette tirée par les ficelles de mes susceptibilités, de mes souffrances, de mes peurs.

    Nous sommes heureux de savoir que tu as déjà fait un joli bout de chemin depuis. Voilà une bonne raison de t'aimer et de te trouver une bonne personne, une bonne mère, une femme bonne.

    Tout cela. Ne serait-ce pas prétentieux?

    La vérité n'est pas prétentieuse, la vérité n'a pas de qualificatif, elle est.

    D'accord. Je suis une bonne personne. Dites-moi, depuis que vous avez rétréci, comment vous sentez-vous? Et pourquoi cette infection qui a duré plus de deux mois?

    Nous sommes moins lourds, les rougeurs ont disparu, les boutons aussi, tu as choisi une solution radicale, le bistouri du chirurgien?

    Oui, alors, pourquoi cette bactérie est-elle venue se loger en vous et a créé un problème de plusieurs semaines?

    Te guérir de ta maternité malade a pris plus de temps. Il y a une théorie d'un médecin allemand, le Dr. Geerd Hammer qui pourrait servir d'explication. Selon lui, une maladie inflammatoire se produit à la suite d'une résolution de conflit biologique. Il dit que quand le conflit est éloigné ou résolu, le corps se met en phase de guérison et c'est à ce moment là qu'une maladie infectieuse ou inflammatoire apparaît.

    Sans aller jusqu'à me réjouir, je pourrais considérer que c'est un signe de résolution de mon problème.

    Oui. Et les semaines passées au lit t'ont permis de réfléchir, de conscientiser le problème, de revoir ta manière de penser par rapport au fait de materner, materner tes filles, materner les autres, vouloir leur dire, leur montrer la voie.

    Le poison, la bactérie dans mon corps me montrait que je m'empoisonnais la vie. Il est vrai que depuis cet événement, j'ai pris de la distance par rapport aux autres, je m'occupe beaucoup plus de moi. Et si je fais quelque chose dans le but d'aider les autres, comme proposer des cours de développement personnel ou des entretiens d'aide, quand ça ne marche pas comme je le souhaite, je ne le prends plus comme un échec, je me dis que si ce n'est pas cela, ce sera un livre ou un autre cours ou un autre métier.

    Bien. Tu es comme la pièce d'un puzzle. Tu fais partie d'un tout et il existe un endroit, une manière de faire, une expérience où tu trouveras exactement ta place. Et puis, rien n'est immuable. Cela durera le temps qu'il te faudra pour vivre ce que tu as à vivre à cet endroit-là. Après, tu vivras autre chose, ailleurs, l'important étant de retenir de chaque expérience la leçon qu'elle apporte.

    Et pourquoi y a-t-il tant de femmes qui ont un cancer au sein?

    Cette maladie se manifeste chez une personne qui a réveillé une blessure importante durant sont enfance avec son père ou sa mère et qui a dû le vivre dans l'isolement.

    Elle a choisi un chemin de vie difficile?

    Souvent, celui ou celle qui souffre de cancer veut tellement vivre dans l'amour qu'il refoule la rancune, le ressentiment ou la haine qu'il a pu vivre envers ses parents. Chaque fois qu'une situation vient lui rappeler cette vieille blessure, ces ressentiments sous-jacents augmentent. Un jour, la personne atteint sa limite émotionnelle et tout éclate en elle, le cancer apparaît.

    Mais pourquoi les seins des femmes?

    Le message est le même que pour les autres problèmes aux seins en considérant qu'il est plus important. Materner, trop materner, mal materner. Quelle est la vraie motivation dans le fait de vouloir materner?

    Les mères qui maternent leur fils de quarante ou cinquante ans?

    Les femmes qui maternent leur mari [Mets ton par-dessus, il va faire froid aujourd'hui], [Mange des légumes, c'est bon pour ta santé], [Va voir ta mère, sois un bon fils] ou tout simplement celles qui ont de la peine à laisser leur progéniture devenir adulte.

    Avouez quand-même que le métier de mère est difficile, il faut guider, mais pas trop, il faut aimer mais pas trop, il faut savoir laisser partir quand le travail est fini, sans rien dire.

    Nous en convenons. Rappelle-toi toujours que l'être humain est sur cette terre pour lui-même. S'il décide d'avoir des enfants comme c'est le cas le plus souvent, il devrait le faire en connaissance de cause, c'est son choix, il décide de donner le temps qu'il faut puis de laisser partir.

    Accepter de ne plus les voir qu'une fois par mois, accepter qu'ils ne partagent plus forcément leurs soucis avec toi, accepter qu'ils ne soient pas d'accord avec toi et qu'ils le disent haut et fort, accepter leurs objectifs de vie, leurs valeurs, leurs manières de penser même si elles ne correspondent pas aux tiennes.

    Tout cela, si tu veux vivre en paix l'après parentage, l'après maternage! Il y a une nouvelle vie après celle de mère. Après avoir été utile à la continuation de l'espèce, la femme peut se consacrer entièrement à créer sa propre vie.

    Jolie perspective, reconnaissez que le pas n'est pas facile à faire. Avoir été au service de la famille, comme c'est le cas pour de nombreuses femmes et se retrouver avec plus de temps qu'il n'en faut et ce sentiment de soudaine inutilité?

    Chaque passage de la vie est une épreuve en soi. Nous ne disons pas que c'est facile. Les femmes ont intérêt à se préparer à la séparation. C'est l'éternel regard sur la vie. Dans la plupart des situations, on peut considérer que le verre est à moitié plein ou à moitié vide, question de point de vue.

    Et pour revenir au cancer du sein?

    L'être qui en est atteint devrait se dépêcher de reconnaître qu'il a souffert étant jeune. Il aurait intérêt à s'autoriser à être humain, c'est-à-dire se donner le droit d'en vouloir à l'un ou l'autre de ses parents, et même aux deux parfois. C'est le fait de vivre les blessures dans l'isolement qui crée le plus de problèmes.

    C'est pour cela que certains, de nos jours, ne voient plus leurs parents, font semblant d'ignorer leur existence.

    Et pourtant… Ils croient que s'ils arrivent à se détacher d'eux, ils seront plus libres, mais le plus grand besoin de leur âme est d'être en paix, de vivre l'amour véritable, inconditionnel.

    Pour cela il faut passer par le pardon.

    Oui, le pardon est le moyen par excellence pour être dans l'amour véritable. La difficulté, chez certains êtres n'est pas de pardonner aux autres. La difficulté est de se pardonner à soi-même. La personne atteinte du cancer a beaucoup de peine à se pardonner d'avoir eu des pensées de haine ou de vengeance, même si ces pensées étaient parfois inconscientes.

    Pardonner, se pardonner, ce sont des mots, mais comment faire, comment y arriver?

    Pardonner au petit enfant en soi qui a souffert en silence. Comprendre, accepter, pardonner à l'enfant qui a vécu de la rage, de la rancune. Pardonner à son enfant intérieur qui n'avait personne pour l'entendre, le comprendre, le supporter, l'aimer.

    Il y a des techniques de développement personnel, des détentes, qui aident à ramener le petit enfant avec l'adulte.

    Revivre certains de ces instants douloureux et ramener, comme en rêve à moitié éveillé l'enfant vers l'adulte qu'il est devenu peut être d'un grand réconfort. Certains thérapeutes peuvent guider dans cette expérience.

    Ce procédé mérite d'être utilisé. Maintenant disons aussi que vous êtes une partie importante dans les relations amoureuses.

    Certains hommes, la majorité, nous apprécient en effet beaucoup. Cela doit leur rappeler les doux instants où ils étaient encore au sein de leur mère. Ils nous donnent familièrement d'autres noms, nénés, nichons, roberts, tétons…

    Dans la littérature, les écrivains aiment à parler des seins des femmes. [Couvrez ce sein que je ne saurais voir] a dit Monsieur Molière dans Tartuffe.

    [… sans l'autre] a rajouté Sacha Guitry qui aimait fort faire de l'esprit.


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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