• Converser avec vos pieds

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Les galoches du bonheur de Hans-Christian Andersen, intéressante, cette histoire où la fée Félicité apporte à l'humanité une paire de galoches qui permet à quiconque les chausse d'être transporté à l'endroit et dans le temps où il voudrait être.

    Et ça finit comment, s'il te plaît?

    C'est la fée Douleur qui s'est chargée de reprendre les galoches, se rendant compte que chaque expérience doit être vécue. Rien ne sert de vouloir brûler les étapes ou de les faciliter à quelqu'un. Les contes sont très riches d'enseignement pour les enfants, mais aussi tous les grands enfants que nous sommes.

    A vrai dire, dans les galoches, nous ne sommes pas vraiment à l'aise. Nous sommes heureux de ce dialogue que tu viens de commencer. Nous avons quelques réclamations. Notre vie de pieds n'est pas toujours facile…

    Comment cela, que voulez-vous dire?

    Tu t'exprimes d'une manière étrange parfois. Que veux-tu dire par [mettre les pieds dans le plat], c'est assez déroutant pour nous, parce que dans un plat, nous ne sommes pas à l'aise, nous risquons de le briser…

    C'est exactement ce que décrit la métaphore, révéler ou parler de quelque chose sans ménagement. Là je pense à [être bête comme ses pieds]. Je comprends que cela puisse ne pas vous plaire.

    Nous sommes la base du corps, utilisée en moyenne les deux tiers du temps de vie. Pourquoi nous traiter de bête? Remarque que les bêtes c'est péjoratif seulement chez certains humains… Quand tu parles d'[avoir un pied dans la tombe], cela signifie-t-il que l'un de nous doit se désintégrer?

    Cela veut dire que la personne dont on parle est mal en point. Je conçois que cela n'arrange rien. J'imagine que [casser les pieds] ne doit pas vous plaire non plus? Mais ne pourriez-vous pas prendre les choses plus légèrement et vous dire que ces expressions sont au figuré?

    Tu envoies [casser les pieds] on reçoit [casser les pieds] et tu t'étonnes après que nous t'envoyons des messages douleurs. D'ailleurs, pourquoi [se lever du pied gauche] semble poser problème? Le droit serait-il plus important que le gauche? Mais non, l'un sans l'autre nous ne pouvons rien faire, enfin en ce qui concerne la marche.

    J'imagine que [pieds et poings liés] doit vous tétaniser, c'est compréhensible. Et [perdre pieds] encore davantage…

    Effectivement, par contre quand tu utilises [au pied levé], là nous sommes un peu suspendus… Mais nous supposons que [retomber sur ses pieds] est une qualité. Quand tu dis [c'est le pied], nous sommes très heureux.

    Là, je vous fais un [pied de nez]…

    Nous voudrions que tu prennes du temps pour réfléchir. Quelle est notre utilité, selon toi?

    Vous êtes mon point d'appui sur le sol, vous me permettez aussi d'avancer ou à contrario de bloquer, de rester sur place.

    Effectivement, et parfois nous sommes [dans nos petits souliers], un peu [coincés dans nos baskets].

    Pouvez-vous me donner un exemple?

    Te souviens-tu, le jour où nous t'avons envoyé des douleurs dans les deux pieds. Sitôt que tu te levais pour marcher, aller de l'avant, tu ne pouvais pratiquement pas mettre un pied devant l'autre?

    Oui, je m'en souviens, c'était une période difficile de ma vie. Je faisais du forcing. J'avais investi beaucoup d'argent dans des cours de développement personnel. Il me semblait obligatoire de rentabiliser tout de suite. J'ai [mis sur pieds] (étonnant!) des cours. En même temps, au fond de moi, inconsciemment, je savais qu'il était trop tôt, que je n'étais pas encore prête, que la matière enseignée n'était pas encore ancrée en moi comme une certitude, mais seulement dans ma tête, comme des leçons apprises.

    Bravo, belle analyse… Tu as ainsi compris que nous ne pouvions pas te satisfaire, tu voulais en même temps avancer et rester sur place, pour nous c'était mission impossible [le pied de grue].

    Oui, et merci de m'avoir amenée chez une amie thérapeute qui m'a aidée à y voir plus clair. Une fois la leçon comprise, c'est vrai que je n'ai plus eu mal aux pieds… [J'ai pris pied dans ma vie].

    Il n'y avait plus de raison…

    Pourquoi le pied droit me fait-il plus facilement souffrir que le pied gauche?

    Le côté droit (Yin) représente le féminin en toi et le côté gauche (Yang) le masculin, selon les Chinois anciens (Confucius, Lao Tseu). Tu peux te poser la question de savoir quelle est ta relation avec ta mère, ou une personne du sexe féminin.

    Je reconnais que, la plupart du temps, c'est plutôt avec les femmes que j'ai des difficultés relationnelles.

    Pose-toi la question, avancer avec les femmes, avec la partie féminine de toi-même, cela veut dire quoi?

    Accepter le sort de la femme en ce monde, encore excisée, encore battue, encore sous le joug de l'homme simplement parce que, physiquement, il est plus fort qu'elle?

    Là tu pars dans le féminisme, occupe-toi plutôt de tes affaires. Tu es née pour évoluer, pour dépasser des peurs, des blessures. Tu n'es pas née pour prendre sur tes épaules les problèmes des femmes de la terre entière. Les mouvements féministes permettent à la société d'évoluer dans toujours plus d'équilibre, d'harmonie. Dans un premier temps, celles qui ont jeté leurs soutiens-gorges dans la Seine ou qui ont détesté l'homme, relégué au rôle de l'empêcheur de tourner en rond, celles-là ont mis en marche un mouvement en vue de rétablir un équilibre des individus. Mais le battant de la cloche est allé trop loin de l'autre côté. L'harmonie entre l'homme et la femme se trouve au milieu et non dans un des deux extrêmes. Ni les misogynes ni les misandres ne marchent dans la bonne direction. Ne pas aimer la moitié de soi-même, masculine ou féminine, ne peut amener sur le chemin du bien-être.

    Je saisis. Ainsi, la douleur, le malaise, la maladie que tu m'envoies peut aussi venir de ma relation avec les autres?

    La plupart du temps c'est le cas. Nous te servons à avancer dans la vie. En avançant, tu croises forcément beaucoup de monde. Chacun est là pour te montrer quelque chose de toi-même, surtout ceux avec lesquels la relation est plus difficile.

    Cela me fait penser à une jeune fille. Ses journées étaient si remplies qu'il ne lui restait pas une seconde pour elle-même. L'école la journée, des entraînements de basketball comme monitrice certains soirs et comme joueuse d'autres. Les samedis et les dimanches étaient occupés par des matchs, monitrice ou joueuse.

    Nous nous souvenons, elle est de ta famille. Un soir, elle s'est cassé la cheville. Elle voulait un peu plus de temps pour elle. Elle voulait aussi que l'on s'occupe d'elle. Elle aurait pu dire non, c'est trop. J'arrête l'entraînement des juniors ou j'arrête les matchs. Mais il fallait justifier, dire pourquoi. Quelque part, cela paraît plus facile de se casser une cheville plutôt que de dire non.

    Je comprends son point de vue. Avec l'accident, il y a toujours un cadeau. Elle ne pouvait plus se déplacer seule. Elle a eu besoin de plus d'attention de la part de son entourage et je l'ai vue très heureuse de cela. De plus, elle avait également plus de temps pour elle.

    Il serait préférable que la prise de conscience d'une situation difficile pour la personne survienne avant l'accident. Cela nous éviterait bien des désagréments.

    Et quand la douleur aux pieds survient uniquement lorsque je suis couchée?

    La douleur t'empêche quoi?

    De me reposer.

    Il doit y avoir une manière de penser qui n'est pas bonne pour toi. Rappelle-toi que ce n'est jamais l'action qui pose problème, mais le regard que tu portes sur elle. Tu veux te reposer et n'y parviens pas parce que la douleur t'assaille? Quelle est ta manière de penser au sujet de ceux qui se reposent?

    Ils ont raison de prendre du bon temps.

    Pourquoi parles-tu de bon temps, nous te parlions de repos?

    C'est la même chose.

    Non. Prendre du bon temps, n'y a-t-il pas un côté flegmatique, voire paresseux là dessous?

    Oui

    Si pour toi, te reposer signifie être paresseux, il y a problème pour nous. Vérifie ta façon de penser au sujet du repos. Après une journée de travail, après un effort physique intense, ou simplement parce que tu en as envie, le repos n'est-il pas bienvenu? Régénérateur de ton corps et de tes pieds? Il ne peut être bien vécu si tu y associes la paresse.

    Je comprends, et je vois aussi pourquoi j'ai des douleurs aux pieds quand je suis étendue.

    Que penses-tu de ton contact avec la terre? Nous sommes là pour te relier à la terre, que fais-tu de cela?

    A la terre? Les pieds sur terre, garder le contact avec la terre, ici et maintenant, c'est cela?

    Exact. Si nous restons branchés à la terre, le reste du corps en sera bénéficiaire. Cela évitera à notre partenaire la tête de partir comme elle aime le faire, dans la lune et de nous laisser là, comme sans âme, comme un automate.

    C'est facile à dire, moins facile à faire. Rêver, c'est bien agréable. Cela permet d'échapper aux contraintes d'ici bas.

    Tu auras bien le temps de t'échapper quand tu seras morte. Pour l'instant tu vis ici, alors pourquoi ne pas profiter de toutes les belles leçons que tu peux apprendre au contact de la terre, des minéraux, des végétaux, des animaux, des hommes…

    Le tout est dans l'un. L'un est dans le tout. J'ai lu cela quelque part.

    Faire partie du tout en gardant son individualité. Choisir son chemin en connaissance de cause, en connaissance de soi-même. Aller dans une direction en te donnant le droit de changer d'avis si cela ne te satisfait pas. Il n'y a pas de faux chemin. Il n'y a pas d'erreur. Il n'y a que des expériences. Souviens-toi, [Si tu perds, ne perds pas la leçon].

    A propos des Chinois, pourquoi ont-il si longtemps bandé serré les pieds de leurs femmes?

    Soi-disant pour l'érotisme et l'esthétisme, ils enfermaient, emprisonnaient la femme dans la dépendance face à l'homme, en limitant sa mobilité. Mais les occidentaux n'ont rien à leur envier puisque longtemps porter des talons hauts c'était féminin et séduisant. Il semble qu'aujourd'hui, en deux mille quatre, cette mode revienne.

    Les schémas de beauté ont la vie dure. Les habitudes sont tenaces. Quand je me regarde dans la glace avec des talons hauts ou avec des chaussures fermées et plates, mon œil me dit que le talon haut est plus joli.

    Les critères de beauté changent. D'où cela vient-il, d'une somme de pensées identiques. Nous te suggérons fortement de revoir tes critères de beauté plutôt dans le sens de ton choix personnel et non de la mode.

    Encore une fois, le choix, la décision. Il m'est arrivé aussi d'avoir des douleurs aux pieds dans une situation professionnelle conflictuelle. J'avais peur pour mon avenir, peur d'une [mise à pieds].

    Comme par hasard… Mais Albert Einstein le dit [hasard est le nom que Dieu emprunte lorsqu'il voyage incognito].

    Vous voulez dire que Dieu y est pour quelques chose?

    Dieu, l'énergie universelle, la loi de cause à effet, la loi de la transformation, à un moment donné il a émané de toi une énergie signifiant qu'un changement était devenu nécessaire, soit parce que ce que tu avais à faire à cet endroit était terminé, soit parce que tu avais peur de la suite. Les circonstances importent peu.

    Tout arrive inéluctablement? On ne peut pas modifier la trajectoire.

    Par expérience, nous pouvons dire que nous pouvons choisir les moyens de transport, plus ou moins confortable, l'itinéraire en droite ligne ou par les petits chemins, mais que la destination est la même.

    Laquelle?

    Retourner à la source, à l'énergie, à la lumière, puis continuer son évolution.

    Laissons-là ce sujet où l'élément essentiel est la foi.

    Il y une situation où nous sommes d'accord toi et nous. Nous n'aimons pas nous faire marcher sur les pieds.

    Heureuse de vous l'entendre dire.

    Un conseil tout de même. Ne nous laisse pas reposer dans les endroits où tout le monde marche, sur le passage, cela nous évitera le désagrément. Prévenir vaut mieux que guérir…


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :