• Converser avec vos genoux

     

    En bleu, c'est la personne, en rose, c'est la partie du corps

     

    Depuis gamine et aussi loin que je me souvienne mes genoux ont saigné. Je tombais en avant et me blessais aux genoux!

    Nous sommes là pour que tu plies! Que tu te plies! Que tu te mettes à genoux. Nous représentons l'humilité, la souplesse intérieure, la force profonde à l'opposé du pouvoir extérieur qui est la rigidité.

    Je manque ainsi d'humilité, de souplesse?

    La raideur, les positions tranchées par rapport à la vie, l'injustice ressentie, nous t'avons envoyé des petits signes pour te montrer que ce n'était pas une manière de penser bonne pour toi!

    Des blessures aux genoux, avant qu'elles aient le temps de cicatriser, je m'en faisais de nouvelles… Dommage que vous ne m'ayez pas parlé déjà quand j'étais enfant!

    Nous avons bien tenté à plusieurs reprises, tu étais raide, sourde, plus tu grandissais et moins tu voulais plier…

    Ces petits incidents sont arrivés depuis que j'ai eu ma première trottinette. Après ce fut la bicyclette puis le vélomoteur.

    Le moyen que tu utilises pour avancer?

    C'est vrai. Dans ma grande curiosité, je n'ai pas su me poser la question: pourquoi je tombe toujours sur les genoux en avançant?

    Tout est dans l'attitude, la manière de penser. A quoi était occupé ton esprit quand tu étais sur ton vélo?

    Colère! Oui, j'étais souvent en colère. Injustice. Mon frère et moi avions chacun un vélo. Quand le mien ne fonctionnait pas, j'allais à pieds, et quand celui de mon frère n'était pas en état de marche, j'allais aussi à pieds. Mon frère travaillait à la ferme avant d'aller à l'école. Mon père exigeait que je lui laisse mon vélo quand le sien était en panne. Je trouvais cela extrêmement injuste.

    Tu ne voulais pas plier? Tu n'acceptais absolument pas la situation. Nous faisons partie de ton corps pour te permettre de plier, nous t'avons avertie souvent par des blessures que le manque d'acceptation n'était pas bon pour toi.

    Selon vous, j'aurais du me réjouir de cette situation et de beaucoup d'autres qui me déplaisaient?

    Te réjouir non, accepter oui. L'autorité, c'est ton père qui l'avait. Toi tu devais obéir. Tu n'avais pas vraiment le choix, en l'occurrence. Durant ton enfance, c'était lui le chef. Tu pouvais te dire que plus tard, tu ferais ce que tu voudrais.

    Je me disais cela à longueur de journée.

    Mais en attendant, accepter aurait été bien plus confortable que te rebeller.

    De plus, je devais lui envoyer nombre de pensées noires, mais je n'osais pas lui parler franchement, de peur de l'affronter ou de lui déplaire.

    Et tu as traîné cela durant des années! Sur le chemin de ta vie, il y avait toujours un homme, dans ta vie affective, dans ta vie professionnelle, dans ta vie sociale, qui avait de l'autorité sur toi et contre qui tu luttais, mais sans oser vraiment aborder le problème.

    Vous avez raison. Je m'en suis rendu compte bien tard. Il n'est jamais trop tard…

    Depuis quelques années, tu n'as plus de blessure aux genoux.

    C'est exact. Par contre, qu'est-ce que vous grincez, quand je monte un escalier, vous jouez des castagnettes ou quoi?

    Nous grinçons, et toi, ça grince où, dans ta vie, dans ta manière de monter? de t'élever? puisque tu ne parles que de monter l'escalier.

    Quel sentiment j'ai en face de ma manière de m'élever? Cela ne va pas comme je veux. Je suis parfois impatiente. J'ai aussi un besoin de reconnaissance dans ce que je fais que je n'obtiens pas toujours.

    Pourquoi attendre que les autres comblent ce besoin de reconnaissance. Ne pourrais-tu pas t'aimer toi-même, aimer ce que tu fais, même si certains ne sont pas d'accord, ne comprennent pas, trouvent cela complètement hilarant.

    Le développement personnel, c'est quoi? Il n'y a pas besoin de s'en occuper, cela se fait tout seul. Ces idées de relations entre le corps et l'âme… Les vies antérieures, la régression… foutaise que tout cela.

    Tu es bien sévère, ne serais-tu pas la première à vraiment devoir être convaincue? Ton besoin d'approbation n'est-il pas aussi fort que ton manque de confiance, d'assurance dans ce que tu fais?

    Il y a du juste dans ce raisonnement! Et c'est pour cela que vous grincez?

    Une des raisons. Tu es tellement sévère, d'abord avec toi-même et bien entendu avec les autres. Sois plus conciliante, accepte les choses comme elles sont, si tu ne peux rien faire pour les changer. Vis ton bonhomme de chemin en pliant mieux, en ayant l'humilité, l'intelligence de laisser à chacun le droit de croire ce qu'il veut et surtout de vivre les expériences qu'il veut, même si tu n'es pas d'accord et même si tu ne comprends pas.

    Cela s'appelle être une sainte…

    Tu en es encore loin… Rappelle-toi que plus tu persistes à vouloir convaincre quelqu'un de quelque chose et plus il résistera.

    J'essaie de faire plier les autres?

    Bravo. C'est l'éternel miroir, tu vois chez les autres ce que tu ne veux pas voir chez toi. Une bonne question à te poser [De quoi les accuses-tu?]. Tu prends la réponse à ton compte.

    Si je les accuse de manquer d'ouverture d'esprit par rapport à un courant de pensée différent de la vox populi, je manque d'ouverture? Cela ne tient pas debout, mes chers genoux…

    Cela peut signifier que tu as une façon de penser par rapport à l'ouverture ou la fermeture qui n'est pas bonne pour toi.

    Il m'arrive de m'accuser d'être crédule, candide, naïve, enfin ça tourne là autour.

    Parce que tu as vécu des expériences qui se sont terminés par une leçon cuisante pour toi?

    C'est exact. J'ai toujours voulu croire à de belles histoires, comme si elles ne pouvaient arriver qu'aux personnes capables de croire plus que les autres.

    La crédulité a fait de toi la proie des manipulateurs, leçon apprise?

    Je crois. Il n'est pas bon pour moi de me lancer dans une aventure les yeux fermés. Ou bien, je peux le faire en mesurant les risques encourus et en étant d'accord de payer la facture le moment venu!

    Souviens-toi de l'adage [Si tu perds, ne perds pas la leçon]…

    Le discernement devrait me soutenir, dorénavant.

    Tu vois que [ceux qui ne veulent pas croire] t'ont servi de miroir pour te permettre de dépasser un problème, de le regarder sous un autre angle. Les gens devraient dire merci à toutes les personnes proches contre lesquelles ils se heurtent, pour les précieux enseignements qu'inconsciemment elles leur donnent.

    Je suis d'accord. Mais sur le moment, quand j'ai envie d'envoyer quelqu'un dans le mur parce qu'il me contredit ou réfute mes idées, au beau milieu de l'action, c'est difficile de dire [stop, temps mort, merci, merci], je passerais plutôt pour une débile!

    C'est toi qui le dis! A toi de voir.

    D'accord, j'arrête, oublier la galerie et parler, d'être à être, d'âme à âme. Parler à quelqu'un et lui dire merci sincèrement. Parler avec son cœur, dire merci d'avoir permis de voir en l'autre une caractéristique oubliée de sa personne, quelque chose à améliorer. Merci du rôle joué en l'occurrence.

    As-tu songé que nous sommes tes je-nous?

    Vous grincez, vous grincez depuis longtemps, il me semble même que c'est depuis toujours. Je-nous? La seule manière que j'ai trouvée de me comporter en cas de conflit je-nous, c'est la fuite. Vous grincez pour cela?

    Ma chérie, quand tu fuis, tu ne résous rien, tu ne fais que remettre à plus tard la possibilité de bien assimiler le problème, la possibilité d'y trouver un début de solution.

    Vous voulez dire que chaque fois que j'ai résolu un problème par la solution du vide, cela n'a été qu'un retardement?

    Oui. Mais sois indulgente avec toi-même. Il y a des situations dans la vie où on ne peut pas faire autrement que fuir. C'est comme jouer un joker, un espace pour respirer, une forme de repos avant de continuer l'évolution.

    De toute évidence, cela ne sert pas à grand chose, le problème persiste tant qu'il n'a pas été dépassé et la leçon intégrée.

    Mais lorsqu'elle le sera, la vie les événements le destin n'auront plus à te mettre dans une situation de problème je-nous.

    J'ai fui dans le domaine des relations affectives et dans le domaine professionnel.

    Ce sont deux domaines séparés, la famille et plus tard la vie affective, l'école et plus tard la vie professionnelle. Tu peux avoir résolu le problème de ta relation à l'homme, auquel cas tu n'as plus besoin d'apprendre comment plier pour mieux vivre, il te reste à l'apprendre dans le domaine professionnel?

    Vraisemblablement, la vie va me remettre dans une situation de conflit en face de l'autorité pour me permettre d'apprendre à plier?

    Il y a un autre moyen, te réconcilier avec ta propre autorité. Tu le sais bien, nous n'avons pas à te le faire remarquer, tu es autoritaire, c'est dans ta nature.

    Je n'aime pas les gens autoritaires, c'est donc pour cela?

    Bravo… C'est l'éternelle histoire de la paille et de la poutre… Commence à regarder l'autorité comme quelque chose de bienfaisant. Avoir de l'autorité, cela veut dire être capable de commander, de contrôler, de corriger, les fameux trois C de l'armée.

    Je déteste l'armée. Former des hommes pour apprendre à tuer derrière de faux-semblants de protectionnisme!

    Tu es sévère, tu as des positions tranchantes, veux-tu bien te mettre à la place de l'autre, de ceux qui pensent qu'une armée est nécessaire pour que la paix règne dans un pays.

    C'est un faux débat. Deux pays sont en désaccord, s'il n'y avait pas d'armée, ni dans un pays, ni dans l'autre, il n'y aurait pas de guerre. La peur doit être tellement forte que, de chaque côté, les dirigeants ressentent le besoin de se mettre à l'abri derrière une armée d'hommes et de moyens de destruction, moyens de mort.

    Nous ne pouvons pas dire le contraire. Vois en cela le fait que la peur, encore trop souvent sur notre planète, a le dessus sur l'amour. Constate cela comme un fait. Œuvre dans la direction du bien plutôt que de vouloir être le détracteur de mal.

    Ça me paraît plein de bon sens, merci les genoux.

    Œuvre là où tu peux faire quelque chose. Plutôt que de vouloir, avec acharnement, faire comprendre à certains qu'ils ont tort, tâche ô combien difficile, mets plutôt ton énergie à faire quelque chose dans le sens de ce que tu estimes être le bien.

    De nouveau, je vais passer pour une originale. Ce n'est pas la mode de renforcer le bien, la mode est plutôt à déloger le mal.

    La mode, à notre égard, est un mot vide de sens. Avec tous les moyens de manipulations qui existent dans la société actuelle, au risque de manquer de souplesse, nous dirons que l'important reste de se faire une opinion personnelle, avec mure réflexion, après avoir éliminé les clichés. Vient ensuite le temps de défendre cette opinion, uniquement par souci de conviction profonde et non par souci de plaire à un maximum d'individus.

    N'est-ce pas le serpent qui se mord la queue? Vous dites qu'il est important d'être capable de plier! Vous dites aussi qu'il faut se faire une opinion personnelle claire?

    Tout est dans la manière. Plie devant l'inéluctable. Accepte les faits comme le résultat du courant de penser d'un certain nombre de personnes.

    Cela me rappelle un extrait du livre de Bernard Montaud, [César l'éclaireur]. "La peur engendre la peur. La haine engendre la haine. L'Amour engendre l'Amour. Nous sommes conscients que nous ne sommes que des petites gouttes d'eau faisant partie d'un même océan. Chacune de ces gouttes d'eau, si petite soit-elle, peut décider d'apporter sa contribution, si invisible soit-elle. - Mais César, on ne peut pas rester les bras croisés. Comment peut-on demeurer indifférent face à tous ces morts? - Oh! Tu as raison, on ne peut pas rester les bras croisés. Alors décroisons-les pour embrasser! C'est ainsi que l'on doit remédier aux guerres: embrasser l'ennemi, au lieu de le tuer. - Oui, mais comment? Ce n'est pas si simple! Que pouvons-nous faire? Comment intervenir dans ces guerres qui ont lieu à l'autre bout du monde? - En ne répandant plus toi-même la guerre ici! Petite Corinne, imagine! Et s'il existait sur terre deux grandes cuves invisibles? Une grande cuve de paix et une grande cuve de guerre. Selon toi, comment se rempliraient ces cuves? - Heu! L'une par nos caresses, et l'autre par nos coups. - Tout juste mon amie! Par nos petites gouttes de paix: les caresses, par nos petites gouttes de guerre: les coups."

    Bravo… c'est exactement cela!

    Je me prosterne… Je génuflexe…


    Votre corps, par les malaises et maladies, a quelque chose à vous dire... Converser avec...

    votre coeur   votre sang
    votre peau
    vos poumons
    votre tête vos yeux vos oreilles
    votre bouche votre nez votre gorge vos bras vos mains
    votre dos vos seins
    votre estomac
    votre ventre votre sexe
    vos fesses vos cuisses vos genoux vos jambes vos pieds

     

    Tiré du livre "Conversations avec mon corps", de Christiane Kolly

    Vous pouvez copier en mentionnant l'auteur et le site.


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